‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 19 sur 190 · Pierre de Vaux-Cernay, chap. xlv · texte numérisé non relu

Pierre de Vaux-Cernay, chap. xlv

hommes agrestes et paisibles, la plaine couverte de gerbes sanglantes, comme un champ de bataille. Effroyable présage ! Ainsi va tomber la gerbe humaine; ainsi va s'accumuler, sous la faux de la croisade, la moisson des cadavres1!

La croisade s'avance en trois énormes masses, convergeant vers Toulouse. La grande colonne du nord, composée des princes et des peuples d'outre-Loire, réunis à Lyon, incessamment accrue dans sa marche des chevaliers du Dauphiné et de la Provence, et conduite par Arnauld-Amalric, abbé de Cîteaux, descend la rive gauche du Rhône, tandis que ses bagages immenses, chargés sur des barques, suivent sur le fleuve. Au-dessous du confluent de l'Ardèche, l'armée passe sur la rive droite, et par le diocèse d'Uzès et le territoire de Pierre Bermond d'Anduze qui lui sert de guide, se dirige vers Montpellier. La colonne de l'ouest, moins nombreuse que celle des Français, est formée d'Aquitains et remonte la vallée de la Garonne sous la conduite de N..., archevêque de Bordeaux. Il rallie à Langon l'évêque de Bazas et les chevaliers des Landes, et plus haut l'évêque de Limoges amenant les barons du Périgord, du Limousin et même de l'Auvergne. De ce nombre le puissant et courtois Gui, comte d'Auvergne, et le vicomte de Turenne, non moins chéri des troubadours. Amis du comte de Toulouse, car ils avaient voulu naguère marier leurs enfants, ils ne marchent qu'à regret dans la croisade. Cet ost détruit en passant

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