Guizot, Hist. de la Civil
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se réclame du ciel, elle est fille de la Terre, mère des géants. Elle est l'antinomie du Christ libérateur. Elle revendique incessamment l'empire du monde que dédaignait le Christ. Elle invoque l'emploi du fer que condamnait le Christ. Elle sollicite l'effusion du sang humain qu'eût abhorrée le Christ. Elle tint l'Occident sous la terreur de l'Inquisition qu'eût abominée le Christ. Et pour tout dire, en un mot, la théocratie juive a crucifie le Christ sur le Calvaire de Jérusalem, la théocratie romaine crucifiera le Verbe et l'Amour sur le Calvaire de l'Univers.
Grégoire VII fut le dernier pape élu par le peuple romain. Après lui le peuple est exclu, l'Évangile scellé, le Christ captif dans le ciel. Le Christ, adoré et incarcéré, est tenu sous clef par son vicaire, comme un César byzantin par son Grand-eunuque. Le peuple, comme un esclave, n'a plus de Loi. Sa loi, c'est le prêtre. Il a perdu son sacerdoce universel. D'ailleurs le peuple théocratique n'est pas le peuple chrétien, c'est le plebs monacal. Le moine usurpe tout, absorbe tout, et le monde devient un monastère. Ces cénobites portent à leur ceinture le trousseau symbolique de ce qu'ils réservent au monde, des croix, des chaînes, des têtes de mort. L'Évangile est dans une langue morte. L'Europe s'arme, non pas pour délivrer l'Évangile, mais pour conquérir le Sépulcre. C'est la religion du trépas et des trépassés. Pierre pétrifie toute chose. C'est de ce néant que Grégoire VII est la personnification superbe. La théocratie eût fait de l'Europe une Inde somnolente, une Chine racornie, une Égypte momifiée1.