‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 21 sur 190 · G. de Tudelie, XIV · texte numérisé non relu

G. de Tudelie, XIV

Enfin une troisième colonne, moins forte encore que celle de l'ouest, conduite par l'évêque du Puy en Velay, descendait du Cantal à travers le Rouergue, prit le château de Puy-la-Roque qui ne combattit pas, et joignit la colonne bordelaise devant Caussade qu'on mit à rançon. Elle gagna, en remontant, le cours de l'Aveyron, et ravagea ces rivages enchantés par les poétiques amours du vicomte de Saint-Antonin et de la dame de Penne. Les barons se contentèrent de tirer une forte rançon de Saint-Antonin, ce dont ils furent blâmés par les légats. Des bords de l'Aveyron l'armée descendit au sud vers la vallée du Tarn. Les. habitants de Villemur, effrayés du sort de Gassanhol, uu lundi soir, incendièrent leur bourg, et s'enfuirent pendant la nuit à la clarté des flammes et de la lune. L'ost n'en trouva que les cendres, et, descendant encore plus au sud dans la vallée de l'Agout, se dirigea en toute hâte, car il était en retard, vers Montpellier où l'attendait la grande colonne de l'est. C'est à cette marche précipitée que Lavaur, Castres, Mazamet, et les bourgs de la Montagne-Noire dont il longeait la base septentrionale, durent de n'être pas assiégés et détruits. Hautpoul, du pied du pic de Nore et du sein des nuées, le vit passer, comme un orage rapide, dans la vallée, contournant la Septimanie cathare, comme une bête féroce qui rôde autour de l'agneau avant de dévorer sa proie1.

Montpellier était le rendez-vous des croisés. Cette ville formait comme une oasis catholique au milieu du

i. Pierre de Vaux-Cernay, XIII et XIV.

Midi cathare. Le comte Guilhem VIII, sa femme Eudoxie, et leur fille Marie, reine d'Aragon, avaient été dans tous les temps dévoués aux papes. Leur palais était la halte habituelle des légats. De leurs murs étaient partis les missionnaires; de leurs murs devaient s'élancer les croisades. La colonne orientale, arrivée devant la cité, planta ses tentes autour des remparts, et prit dans les plaines voisines , en attendant l'ost aquitain, quelques jours de repos précurseur de ses ravages. Bientôt, les légats pontificaux virent venir le jeune Ramon-Roger, vicomte de Carcassonne, beaufrère de Marie d'Aragon, et qui comptait peut-être sur la catholicité fervente de cette reine et l'apparente orthodoxie du roi pour faire sa paix. Mais Arnauld et Milon repoussèrent ses justifications intempestives, rejetèrent avec orgueil ses offres d'arrangement, et exigèrent qu'il livrât Béziers et Carcassonne à leur merci. Le comte de Toulouse son oncle, et son beau-frère Guilhem de Montpellier, s'interposèrent inutilement pour fléchir la superbe de ces vice-dieux. Le noble jeune prince refusa ces conditions inhumaines, remonta sur son cheval de guerre, et partit pour défendre ses villes et ses peuples. Il arrive à Béziers avant l'aube; les habitants entourent leur seigneur : « Eh bien ! quel espoir nous apportez-vous? lui demandèrent les consuls? — Ne songez qu'à vous défendre, répondit le vicomte ; je vous enverrai bientôt du secours; moi, je suis attendu à Carcassonne! » Et soudain il s'éloigne au galop vers l'occident1.

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