G. de Tudelle, XVI
La grande colonne, après une halte de quelques jours sous Montpellier, se remit en marche en apprenant que l'ost aquitain traversait la chaîne de l'Espinosa et que sa tête débouchait dans la plaine par Saint-Pons. Les trois corps de la croisade opérèrent leur jonction devant Béziers. Cette ville antique, d'origine ibère, est fortement assise k l'extrémité d'une plaine haute qui se termine en précipice rongé par l'Orb1. Elle est défendue par l'escarpement de son site, la hauteur de ses tours, et le naturel âpre et indompté de ses habitants. Ces peuples avaient une tragique origine. Trente ans auparavant, les citoyens de Béziers, pour se venger de l'insulte d'un baron, avaient tué leur vicomte et leur évêque (15oct. 1167). Le meurtre de Trencabel mit en émoi tous les princes dn Midi. Le roi d'Aragon vint à leur tête assiéger Béziers. Mais le monarque, repoussé par les consuls, dut lever le siège. La paix se conclut enfin, mais perfide et vengeresse. Le vicomte un jour, sous prétexte d'une attaque imminente, demanda aux consuls d'héberger des soldats aragonais. Les Fspagnols, reçus dans leurs murs et sous leurs toits, exécutent dans la nuit, et pendant le sommeil de la cité, le massacre de tous les citoyens de Béziers. Ils n'épargnèrent que les juifs, toujours amis des vicomtes. Les meurtriers épousent les veuves et les filles des victimes, et c'est de cet homicide mariage qu'était sortie la génération tragique réservée au glaive de la croisade.
Mais ces fils des Aragonais avaient puisé dans