P. de Vaux-Cernay, ch. xu
orientale : c'est leur évêque, Réginald de Montpeyroux ; il vient de la part des légats. Il convoque les habitants dans la cathédrale. On fait silence. « L'ost des croisés, dit le vieillard, s'avance sur Béziers. Il vient pour exterminer les hérétiques; livrez-les entre nos mains , ou , si vous ne le pouvez , sortez avec moi de la ville condamnée, car vous allez périr par l'épée. » A ces mots , un grand tumulte s'élève dans la foule; les consuls répondent : « Nous ne ferons jamais pareille lâcheté. Plutôt que de livrer nos frères, ou d'abandonner notre ville, nous aimerions mieux être noyés dans la mer. Nous ne changerons pas pour une autre notre seigneurie. Quant à notre ville, elle est forte et si solidement close de murailles, qu'en un mois entier elle ne sera pas forcée. » Ainsi, dit un chroniqueur, ils firent pacte avec la mort, et plutôt que de vivre chrétiens, choisirent de mourir cathares1. L'évêque remonta sur sa mule et revint auprès des légats qui arrivaient à la tête de la croisade 2.
La croisade immense, cohue confuse, tumultueuse, incalculable, évaluée pourtant à trois cent mille combattants, ramas de tous les vagabonds, et de tous les hommes de proie de l'Europe, et dont le roi des Ribauds, à la tête de quinze mille de ses truands déguenillés, formait la hideuse avant-garde, arriva devant Béziers, la veille de la Madeleine, sur le soir (21 juillet 1209). Elle enveloppa la ville, comme une nuée, et campa autour des murailles. Jamais, dit le poète, l'ost île Ménélas ne déploya devant Mycènes