‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 70 sur 190 · nov. Dix jours après la mort de son mari · texte numérisé non relu

nov. Dix jours après la mort de son mari

Agnès accomplit cette renonciation indigne sur le conseil de son oncle parternel, Ramon, évêque d'Agde, infant de Montpellier. L'acte fut passé dans la maison du temple, devant la porte de l'église de ce monastère, et en présence, entre autres seigneurs, de l'évêque d'Agde et du précepteur de la milice, Pierre de Cabrespin. Les témoins de Montfort furent Améric, vicomte de Narbonne, Gui le Maréchal, Pierre de Richebourg, et Simon et Robert de Passi (sur Eure), chevaliers français. Nous verrons bientôt un autre Trencabel abdiquer de même sa race et son pays. La boue des âmes, comme le torchis des tours, s'effondrait dans l'ouragan (Anno 1209, vm, Kal. Decembris).

Innocent III accorda aux consuls de Toulouse que l'interdit lancé par les légats fût levé de leur cité. Amalric se rendit dans leurs murs. Les citoyens renoncèrent à l'hérésie, et firent au légat l'offrande de mille livres toulousaines. L'abbé de Gîteaux suspendit l'anathème, mais comme on ne lui donnait que cinq cents livres, il excommunia de nouveau les consuls, qui se trouvèrent coup sur coup catholiques et cathares, cathares et catholiques. Enfin ils apportèrent le reste de l'offrande, et Toulouse fut derechef orthodoxe. Amalric exigea pourtant, comme caution de sa fidélité au pape, des otages qu'il envoya au Castellar de Pamiers, entre les mains de Simon de Montfort. Il prenait d'avance ses garanties, sentant frémir le grande cité et palpiter sous ses pieds la terre romane.

L'insurrection se levait à la voix du roi d'Aragon ;

son chef, c'était le comte de Foix. Son cri de guerre, la vengeance de leur neveu infortuné, le vicomte de Garcassonne. Elle éclata de Béziers à Toulouse, du ' Rouergue aux Pyrénées. Monfort se hâta de quitter Montpellier . Comme il approchait de Carcassonne, il apprit que les montagnards tenaient assiégés dans un château Guillaume et Amauri de Poissy. Il y courut; mais l'Aude était gonflé par les pluies, il n'osa lancer son cheval dans le fleuve débordé ; et pendant qu'il faisait un détour par le pont de Carcassonne, le château fut enlevé, et les deux chevaliers français envoyés par le comte de Foix dans son inexpugnable donjon pyrénéen *.

Un plus grand échec arriva sur la Montagne Noire. Bourchard de Marli, son cousin et son Patrocle, avait reçu le château de Saissac. De là, il guettait les tours de Cab-Aret, forteresse de l'hérésie et du patriotisme roman. Le vieux Pierre-Roger lui tendit un piège; il envoya une avant-garde l'agacer et • l'attirer dans son embuscade. Bourchard sortit de ses murs à la tête de cinquante chevaliers et s'élança aveuglément à la poursuite des fugitifs. Il tombe en plein dans l'ost embusqué des fils de Nos. Ils étaient quatre-vingt-dix, tant à pied qu'à cheval, dont quatorze arbalétriers. Les Français sont enveloppés. Bourchard est pris, Gausbert d'Essigny, son lieutenant, est tué, et le reste de leurs compagnons harcelés et hachés dans les ravins. L'effroi des vaincus fut tel qu'ils n'osèrent jamais revenir enterrer

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