‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 71 sur 190 · P. de Y aux-Cernay, ch. XXVI · texte numérisé non relu

P. de Y aux-Cernay, ch. XXVI

ces pauvres morts dont les cadavres n'eurent d'autre sépulcre que le ventre des loups et des vautours. Le soir, Pierre-Roger remonta triomphant dans ses donjons aériens, et Bourchard, mis aux fers, eut pendant quinze mois, dans son cabanon de granit, le temps de regretter son manoir paternel de Mirabilis locus.

Le comte de Monfort fut très anxieux de la prise de Bourchard, et pendant tout cet hiver sa fortune déclina jusqu'au retour des feuilles1. Vers le même temps, Simon fut abandonné de Gérald de Pépios, un baron du Minerbois. C'était un Lautrec. Gérald s'était accordé avec Montfort. Simon, qui le prisait fort, voulut s'attacher ce vaillant chef montagnard, et le traitait comme un ami. Mais un acte brutal vint déranger cette paix fictive, cet accord simulé. Un Français tua un vieillard, un oncle chéri de Pépios. Montfort fit enterrer vif le meurtrier. Mais ce châtiment terrible ne satisfit pas la vengeance domestique et nationale de Gérald. Il sort du palais de Carcassonne ; il part sans prendre congé, sans défier Montfort. Son adieu et son défi furent l'incendie d'un château. Il s'empare de Puiserguier, met aux fers les deux chefs croisés, et parque leurs cinquante servants dans une tour. Montfort court après le rebelle, prend en passant, à Natbonne, le vicomte Améric, et vient assiéger Gérald dans Puiserguier. Mais Améric, sympathique à l'insurgé, refusa l'escalade et s'en retourna à Narbonne. Montfort dut se retirer, vint coucher à Gapestang, et, grossi des

i. G. de Tudelle, XUI.

postes voisins de la mer, revint assiéger Puiserguier. Gérald ne l'attendit pas cette fois. 11 précipita les cinquante servants du haut de leur tour, les ensevelit dans les fossés sous des amas de décombres, de fascines et de feu, et, sur le minuit, traînant à sa suite les deux chefs croisés, se retira vers Ménerba (la Roche des proscrits), inexpugnable forteresse de ces montagnes. Montfort arrive, sauve les soldats qui n'étaient pas encore morts dans leur tombe, ce qui parut un miracle, rase jusqu'au sol plusieurs châteaux, ravage les domaines, tue les colons de Pépios, et après ces représailles, rentre tranquillement à Garcassonne. Un jour, à la porte de son palais, il voit un mendiant conduisant une sorte de spectre. Ce fantôme humain était sans yeux, sans narines, sans oreilles et semblait horriblement sourire à travers ses dents sanglantes et dépouillées de lèvres. C'était l'un des deux otages de Gérald; l'autre était mort en chemin dans un bourbier et sur la neige. Celui-ci, nu et mutilé, venait porter à Montfort la déclaration de guerre implacable, l'atroce vengeance de Pépios et des barons méridionaux l.

Le comte de Toulouse, descendant le Rhin, était dans la ville impériale de Francfort. Il vit l'empereur Othon, fils de cette Sembélis, tant chantée par Bertrande Born, et neveu de Richard Cœur-de-Lion. 11 y reçut l'accueil dû à son rang^ à la justice de sa cause, à la grandeur de ses Etats et de ses malheurs, et comme une victime de la France et de l'Eglise

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