Pierre de Vaux-Cernay, ch. XXVII
romaine, ennemies de l'Allemagne. Othon et Philippe-Auguste devaient se mesurer bientôt sur le champ de bataille de Bouvines. Dans cette grande lutte où devait se décider l'avenir de la France, menacé et déjà dévoré par le capétien, Ramon VI cherchait ses appuis dans les rois d'Aragon, d'Allemagne et d'Angleterre. Ah! où donc était alors Richard Cœur-de-Lion? où doncétai't Sanche le Brave, de Navarre? Pour rassurer Philippe, il repassa par Paris.
Le roi d'Aragon, en l'absence du comte de Toulouse, se posait comme le patron de l'insurrection romane, et le comte de Foix en était le héros. La victoire de Pierre-Roger de Cabaret avait rendu le cœur à tous les barons romans. Après la défection de Gérald de Pépios vint celle d'Améric de Montréal, du château de Lombers, de la ville de Castres. Tout le Midi, revenu de son effroi, échappait à Montfort. L'épouvante était passée aux croisés. Ils ne tenaient plus que quelques rares donjons où ils tremblaient effarés, comme des naufragés sur des écueils. Monfort lui-même était bloqué par l'impuissance et la terreur dans les murs de Carcassonne. Dans cette extrémité il appela à son secours son ami et son compère, Gui, abbé de Vaux-Cernay. Après l'abbé de Cîteaux, Gui était le chef monastique le plus capable de relever le moral des croisés. Gui était un diminutif d'Amalric. La garnison de Carcassonne était sur le point d'abandonner Montfort, Gui releva les courages par son éloquence guerrière, et surtout par l'annonce de la prochaine
arrivée d'une nouvelle croisade qu'il avait recrutée dans les pays d'outre-Loire. Mais son éloquence qui relevait les cœurs n'arrêta pas la révolte des peuples et la défection des châteaux. Plus de quarante donjons se détachèrent de Montfort. A Noël, il ne lui restait plus que Carcassonne, Fanjaus, Limous, Saissac, Pamiers, Saverdun, Albi et Ambialet, encore incertains et frémissants. Les peuples se soulevaient et massacraient partout les postes croisés. Enfin Milon, son protecteur, mourut à Montpellier. Au milieu de ces ruines et de ces effrois, Montfort resta seul inébranlable et le cœur haut et fier l.
Simon attendait deux choses : le retour de Robert de Mauvoisin, son ambassadeur à Rome, et l'arrivée d'Alix de Montmorency, sa femme, à la tête d'une croisade du Nord. Robert revint vers Noël. Il apportait des lettres d'Innocent III. Nous avons vu l'accueil magnifique fait au comte de Toulouse , les présents du pape, l'anneau, le manteau, le cheval', le baisement de la Sainte-Face, l'absolution du prince. Qui n'eût cru que Ramon VI n'était l'hôte et l'ami du Vatican ! Innocent trahissait le comte 11 félicita Montfurt de son élection par les chefs croisés, l'investit, lui et ses descendants, de la Septimanie conquise, et lui promit lrappui du saintsiège. Il écrivit aux rois de Castille et d'Aragon, à l'empereur d'Allemagne, aux évêques et archevêques, comtes et barons et peuples de Provence et d'Aquitaine, de seconder le conquérant de l'Albi-