Dom Vaissette, V
absence, quel chef gardera Garcassonne? La comtesse ne veut pas y rester; elle accompagnera son mari dans le Termenois. On offrit le commandement au riohe et honoré Lambert de Groissi, cousin de Simon, et, sur son refus, à Rainier de Cauderon qui refusa également. « Nous n'y resterions pas pour un royaume, dirent-ils, tant le pays est plein de mauvaiseté. > Enfin tous supplièrent Guillaume d'Encontre. Guillaume y pense mûrement, réfléchit profondément, puis cédant aux prières des barons et de la comtesse, il répond : « Au nom du Christ et de la sainte Vierge, je garderai Carcassonne. » Mais Montfort en est trèsfâché ; il consent p'irce qu'il ne peut faire autrement ; il regrette son compagnon « car il n'y avait dans tout le pays homme plus sensé, ni meilleur chevalier, ni plus intrépide, plus courtois, ni plus preux, ni de plus grande loyauté. » Il n'y en avait pas de plus riche, ni de plus haut baronnage. 11 était né en Bourgogne, à deux lieues de Nevers. On lui donna pour compagnons Crespi de Rocafort, le courtois, et les deux frères Gui et Simon de Saxe à la face hardie, avec beaucoup d'autres barons de France, de Bourgogne et de Normandie.' Ensuite ils se séparent; le comte suit son chemin ; il s'en va avec tous ses barons assiéger Termes. Il dit pour adieu à Guillaume: Garde Carcassonne et envoiemoi les engins. «Termésest merveilleusement fort. Avant qu'il soit conquis, bien des âmes sortiront de leur corps. Il sera dépensé force marcs et force tournois. Il y sera gagné des chevaux, des palefrois, des
harnais, et un riche butin! » chante le poète national
Guillaume tire les machines de leurs tours, les traîne hors de la ville sur le gravier del'Aude, et les fait charger sur des chariots. Des espions courent en avertir Pierre-Roger à Cab-Aret. Il descend de la Montagne-Noire avec Cat et Mir, ses lieutenants, et trois cents chevaux. Ils chevauchent par une lune claire, et vers minuit attaquent les machines pour les incendier ou les détruire à coups de hache. Mais le vent ne seconda pas les flammes. Alors ils jouent des cognées. Au cri d'alarme des vedettes, Encontre descend de Garcassonne avec les chevaliers, s'élance dans le fleuve et fond sur les Mirens. Le combat s'engage autour des chariots disputés. Pierre-Roger est repoussé, mais il n'abandonne pas sa proie, et va s'embusquer à quelque distance, sur le passage des machines. Dè- que le jour fut levé, le convoi se mit en mouvement. Uneavant-garde battait l'estrade. Elle vint donner dans l'embuscade de Pierre-Roger. Ce chef s'élance, la refoule en désordre sur l'escorte et lui arrache les chariots et les engins. Mais Guillaume accourt de Garcassonne et le combat devient si sérieux que Pierre-Roger manque d'être pris dans la mêlée et n'échappe qu'en poussant le cri des croisés : Montfort! Montfort ! Il fut deux jours sans reparaître à Cab-Aret. Encontre resta maître du terrain, mais ramena dans Garcassonne son ost éeharpéet ses chariots éclopés dans ces deux combats. Quelques jours après passait « un corps de pèlerins bretons. Il