‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 85 sur 190 · P. de Vaux-Gernay, XLI · texte numérisé non relu

P. de Vaux-Gernay, XLI

fort muet, se risqua à monter dans la tour qu'il trouva déserte, et y planta, sur la cime, la bannière de Tévêque de Chartres.

L'archidiacre dressa un mangonneau sur une roche presque inaccessible, voisine du château. Son jet meurtrissait les côtes de granit du donjon. Montfort l'avait mis sous la garde de trois cents servants et de cinq chevaliers. Ramon de Termès envoya quatrevingts servants détruire ce pierrier turc. Ils sortirent du château couverts de leurs écus, armés d'arcs et de flèches, et suivis d'un grand nombre d'autres portant du bois, du feu et des matières inflammables. Ils s'élancent vers la machine; les trois cents croisés se débandent, quatre des chevaliers suivent ces fuyards ; il n'en reste qu'un seul sur le rocher. A grands coups de sa longue épée, il refoule les assaillants ; il écarte de la roche les hommes, de la machine les brandons; les pierres, les flèches, les flammes, les menaces, rebondissent sur sa poitrine vêtue de fer. Le camp et le château eurent un instant l'étonnant spectacle du combat d'un contre cent. Montfort ne pouvait sauver ce vaillant avec ses poltrons. Il simula une attaque contre la forteresse ; ce qu'avait prévu le chef arriva ; les montagnards abandonnèrent le chevalier invaincu et se portèrent vers les murailles menacées, de sorte que ce valeureux, deux fois abattu, précipité du rocher, se releva toujours, regrimpa sur sa cime et sauva le pierrier turc. Dieu sait s'il fut acclamé dans le camp où sa bravoure prenait un air de miracle! 11 se nommait Guilhem d'Escuret. (De la petite fontaine basque.)

Il ne manque à ce héros que de combattre pour son peuple et non pour l'étranger, pour la croix où sa patrie pendait expirante, où l'Esprit agonisait martyrisé l.

Le moine historien présent au siège ne parle guère que des exploits des croisés. 11 -reste dans la chronique un vide que nous remplirons par les indications de l'historien troubadour. Le camp fut fréquemment attaqué, soit par Pierre-Roger de Cab-Aret, qui rôdait dans les forêts voisines comme' un léopard, soit par Ramon de Termès qui, de son donjon, fondait comme un vautour sur les hordes de la croix.

« Là se lit mainte joute, et furent brisés maints arçons, tués maints chevaliers, maints intrépides Bramansons, perdus maintes enseignes et maints riches gonfanons, qui, de force, furent emportés là-haut dans le donjon, en dépit de ceux de l'ost, et qu'ils le voulussent ou non. Les mangonneaux ni les pierriers ne font aucun dommage au château. Les vivres y abondent, la viande fraîche et le bœuf salé ; le vin, l'eau à boire et le pain à foison. Et si Dieu n'eût envoyé quelques fléaux, Termès n'eût jamais été pris2.»

Le premier fléau que Dieu envoya fut la sécheresse. Il en viendra d'autres encore : la soif, un ciel d'airain, une terre de plomb, un déluge empoisonné, les trahisons de l'hiver. Termès ne sera vaincu, s'il l'est, que par les éléments conjurés. Les calabres battent nuit et jour les côtes de pierre de la forte-

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