Pierre de Vaux-Cernay, XLVII
sa main les mains homicides de Montfort. Il est évident qu'en implorant la suzeraineté de Pierre II, l'aventurier trahissait Philippe-Auguste et la France.
De Narbonne, le roi d'Aragon, le comte de Toulouse, Simon de Montfort, l'abbé de Gîteaux et l'évêque d'Uzès se rendirent à Montpellier, ville encore plus amie et plus centrale, où se réunirent tous les prélats septimaniens. Les deux légats renouvelèrent leurs offres au comte de Toulouse. Ramon VI parut les accepter cette fois ; mais pendant la nuit son cœur le travailla, et pour ne pas conclure, il s'enfuit devant sa honte et n'attendit pas l'aurore. Un moine crédule, qui prête au sceptique prince ses propres superstitions, en donne une autre raison : le comte, à l'exemple des Sarrasins, croyait au vol et au chant des oiseaux et à toutes sortes d'augures; il avait vu volera sa gauche un martin-pêcheur qui lui avait paru d'un sinistre présage. Cet oiseau des marais, qui vit de poisson, lui sembla probablement l'abbé de Cîteaux qui dévorait le Christ, le poisson céleste 1 !
Montfort était charmé d'être reconnu par le roi d'Aragon. Son usurpation de Carcassonue, son meurtre du vicomte étaient confirmés. Son brigandage recevait le sceau féodal après le sceau pontifical. L'aventurier était ravi, mais il n'était pas satisfait. Il voulait mêler son sang au sang de Barcelone et de Saragosse. Cela semble monstrueux! Le sang de l'assassin qui avait empoisonné le vicomte, qui devait percer le cœur du roi, et qui était en train,