Dom Vaissette V
remède à la fornication, comme le pense saint Paul. Sur la confession, ils déclarèrent qu'on pouvait se confesser au prêtre ou au laïque indifféremment, comme l'enseigne saint Jacques. Sur les jeûnes, macérations et offrandes, ils répondirent qu'ils ne voulaient pas être meilleurs que cet apôtre ni rien ajouter à ses paroles, comme faisaient les évêques. '■ — Alors, abandonnant leur tactique de réticence et de dénégation, ils se déchaînèrent contre l'ordre sacerdotal. « Saint Paul, dirent-ils, a défini les devoirs des prêtres et des évêques; s'ils ne sont point tels, ils ne sont ni des évêques ni des prêtres, mais des loups ravissants; hypocrites et séducteurs, qui aiment les salutations, recherchent les premières places, se font appeler docteurs et maîtres, portent des robes blanches et des anneaux d'or; on ne doit point obéir à ces mercenaires, tout pareils aux prêtres juifs qui crucifièrent Jésus-Christ. »
L'archevêque de Narbonne, l'évêque de Nîmes et les abbés de Cendras et de Fontfrède réfutèrent cette objurgation contre le pharisaïsme romain. Après ces réfutations, on fit silence, et l'évêque de Lodève prononça l'arrêt : « Moi, Gaucelin, évêque de Lodève, par ordre de l'évêque d'Albi et de ses assesseurs, je juge que ces prétendus Bonshommes sont hérétiques. Je condamne, quelque part qu'ils soient, la secte d'Olivier et de ses compagnons les hérétiques de Lombers. » Puis, article par article, il motiva longuement son arrêt, corroborant par l'Ecriture son anathème.
Les Bonshommes se récrièrent. « C'est vous, dirent-ils, qui êtes un hérétique, un hypocrite et un faux pasteur, et nous le prouverons par l'Evangile et les épîtres. — Ma sentence est juridique, reprit Févêque ; je suis prêt à la soutenir à la cour du pape Alexandre, de Louis, roi de France, de Ramon, comte de Toulouse, et de Trencabel, vicomte d'Albi.
— Ecoutez, gens de bien, dit Olivier se tournant vers le peuple, voici notre profession de foi. » Et il parla sur les articles contestés comme les catholiques. « Eh bien, dit l'évêque, faites-en le serment.
— Non, répondit Olivier, le serment est défendu par l'Evangile. » L'évêque leur prouva le contraire par l'Ecriture. « D'ailleurs, nous en avons été dispensés par l'évêque d'Albi, » s'écrièrent les Bonshommes. Ce prélat les démentit, confirma la sentence et défendit aux chevaliers de Lombers de protéger les sectaires. La sentence fut souscrite encore par les commissaires, les abbés de Castres, de Candeil et d'Ardorel; puis par l'archevêque de Narbonne, les évêques, les autres grands cénobites et toute la cléricature; enfin par Constance, Trencabel, Lautrec et par tout le baronnage méridional1.
Tel fut, d'après les chroniqueurs contemporains, le concile de Lombers. On est encore à se demander pourquoi les Bonshommes y vinrent, puisqu'ils voulaient garder le silence ? Et puisqu'ils parlèrent enfin dans un sens catholique, pourquoi furent -ils condamnés? Le refus du serment ne justifie pas l'ana-