‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 113 sur 292 · Guilhem de Capestang · texte numérisé non relu

Guilhem de Capestang

vicomtesse était cousine de la reiue Éléonore, et les mêmes mœurs régnaient à la cour de Poitiers. Richard Cœur de Lion, pour s'attacher Bertran de Born, favorisait ses amours auprès de sa sœur dona Laïna (Héléna), que le troubadour eut rendue l'héroïne de l'Aquitaine. Le dauphin d'Auvergne secondait la passion du charmant Pejrol pour sa sœur Saïl, femme d'Ozil de Mercor. Boniface marquis de Montferrat, honora et enrichit l'amant de sa sœur Béatrix, l'héroïne de Rambauld de Vaquièras qu'il arracha du cœur de la Belle Chevalière, bien digne de conquérir avec eux l'empire d'Orient. Nicétas put voir Die, Vaquièras berceau des Peyrols et Orange, fief de cet infidèle vicomte que ne purent retenir le cœur le plus constant, et la plus tendre harpe des Alpes1.

Telles étaient les mœurs des châteaux, les mœurs des villes étaient plus mauvaises encore. Les fêtes de Beaucaire offraient des scènes de l'orgie du monde romain expirant. Un baron cuisait ses viandes au feu des cierges; un autre semait son champ labouré de pièces d'or ; un troisième jetait dans un brasier immense ses coursiers de guerre (1174)2. A Beaucaire encore on faisait des courses de courtisanes. L'Atalante la plus rapide obtenait Y aiguillette, la palme et l'emblème de son infamie. Toutes ces villes du Midi, Beaucaire, Avignon, Narbonne avaient leur carréria calida (rue chaude) et leur abbaye d'amour. A Avignon l'abbesse était annuelle et la crosse confé-

L Troubadours. Hugues de Saint-Cyr.

2* Le prieur de Vigeois.

rée par les consuls. Jeanne Ire, reine de Naples et comtesse de Provence, légiféra sur ces temples de Vénus, bien digne elle-même d'en être la grande prêtresse. Guilhaume IX, comte.de Poitiers, le même prince qui avait voulu conduire à la croisade trente mille courtisanes, leur avait construit au retour du Saint-Sépulcre Yabbaye d'Ibor. Lui-même en fixa la hiérarchie; la plus infâme fut abbesse. Poitiers nous donne les mœurs de Bordeaux, de Bayonne, de toutes les villes de l'ouest soumises au sceptre impur des Plantagenet. Toulouse enfin, la Palladienne dans l'antiquité, la Mundîne au moyen âge, Toulouse avait près de la barbacane occidentale des Crozes, la grande abbaye d'amour du Castelvert. Ses nonnes, comme signe distinctif, portaient Vaiguillette; elle était d'argent pour les soeurs ; pour Tabbesse elle était d'or. Cette aiguillette, c'était le signe priapique, c'était le phallus1.

Le peuple avait ses lupanars nomades que les Armides Bohèmes promenaient de forêts en forêts où leurs galoubets et leurs tambours de basque ont retenti la nuit jusqu'à la grande Révolution. L'Aquitaine, en fait de mœurs, n'avait donc pas beaucoup changé depuis le ive siècle et Nicétas la retrouvait telle à peu près que nous l'a décrite Salvien, l'éloquent prêtre de Marseille.

L'Église chrétienne avait peu de prise sur cette corruption antique, étant elle-même romaine et barbare» Le platonisme du 11e siècle avait glorifié la

L LeberVIII.

Vierge, et le platonisme du xne l'avait portée plus haut encore dans le ciel. Mais en divinisant la Vierge, on avait abaissé l'épouse, avili l'état conjugal, aboli le mariage des clercs. Le concubinage avait partout remplacé le mariage clérical. Arnould de Rohes. patriarche latin de Jérusalem avait sa matriarche . Les évêques avait leurs évêquesses. les prêtres leurs commères, les moines leurs consœurs. Les monastères pullulaient de moinillons, et le moineau, le plus libidineux des oiseaux, était bien leur symbole érotique. Un lupanar s'appelait une abbaye. De là dans le peuple, tous ces noms de Leclerc, Labbé, Lemoine, Évêque, Archevêque, Cardinal et même de Pape. Saint Bernard accuse l'élégant sybaritisme des clunistes, amis des fourrures; mais il condamne aussi la grossière austérité des cirterciens au ventre plein de fèces, à V esprit enflé d'orgueil tisque ad vuctum. Leur orgueil venait de leur manteau lilial, symbole menteur de virginité. Ils se vantaient d'être purs de femmes, et pourtant la tradition raconte que les moines de Portecluse et les nonnes de las Salencas d'Avisé, se baignaient ensemble au clair de lune dans le bassin voilé de saules de Palombes1. Ils seront accusés de bien d'autres amours ces fiers cisterciens, de bien d'autres péchés, ces templiers superbes. Qui nous peint les impuretés de saint Denis et les immondices de saint Gildas? C'est l'indulgent abbé du Paraclet2. Le même Abailard nous rètrace les palais des évêques

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