‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 124 sur 292 · Martène U · texte numérisé non relu

Martène U

comte ne voulut pas participer à la condamnation de ses sujets, dont le seul crime était d'être meilleurs chrétiens que les évêques. Roi des troubadours, il était instinctivement contraire aux clercs latiniers ; quoique sympathique aux Cathares, il fut effrayé de leurs progrès ; il craignit d'être entraîné dans une révolution religieuse et sous les foudres du Vatican ; il se ressouvint des menaces de saint Bernard au comte Alphonse et de sa venue miraculeuse à Toulouse ; il entrevit le gouffre où devait se perdre son successeur, et il recula tout effaré. Dans son frisson, mêlé de calcul, il écrivit au chapitre général de Citeaux d'où partaient les tempêtes; il se mettait prudemment en règle contre les tonnerres futurs *.

Sa lettre peint à merveille la confusion et le frémissement orageux du Midi. « L'erreur, dit-il, a tellement perverti, qu'elle divise le mari et la femme, le père et le fils ; les prêtres se sont laissés corrompre, les églises sont désertes ou tombent en ruine ; plus de baptême, on exècre l'eucharistie, on méprise la pénitence, on ne croit plus à la création (la réalité) de l'homme et à la résurrection de la chair, tous les sacrements sont anéantis, on introduit deux principes. Pour moi qui suis armé de deux glaives et qui me glorifie d'être le vengeur et le ministre de Dieu, je ne puis mettre fin à de si grands maux, je ne suis pas assez fort pour réussir. Les nobles ont été séduits et ont entraîné une grande partie du peuple ; je n'ose ni ne puis rien tenter ; j'implore donc votre secours, vos conseils et vos prières pour combattre l'hérésie.

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