‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 126 sur 292 · Roger de Hoveden, annal. — Rob. de Monte Chron · texte numérisé non relu

Roger de Hoveden, annal. — Rob. de Monte Chron

le comte infortuné qui avait invoqué ce glaive matériel, en portera derrière les évêques le tranchant qu'il avait voulu remettre aux rois du Nord ; il sera malgré lui le licteur de la papauté (1178).

Toulouse était la forteresse de l'hérésie; saint Bernard naguère l'avait trouvée pétrobrusienne. Elle est maintenant cathare et mundine. Le légat et ses compagnons, escortés par les barons du Limousin, marchent vers cette grande et populeuse cité ; ils la trouvent toute frémissante ; ils sont accueillis par des huées, on les traite d'apostats, d'hypocrites, d'hérétiques. Le légat ordonne une perquisition et somme l'évêque, les prêtres, les capitouls, de dénoncer les dissidents. Leur chef se nommait Pierre Maurand (Peyré Maouran). C'était l'hôte et l'acolyte de Nicétas; il remplaçait Ramondi, banni de la cité. C'était un vieillard, un baron septuagénaire, mais si. religieux et si vénérable sous ses cheveux blancs, qu'on le comparait au prophète de Pathmos-; on disait même que, par une sorte de métempsychose, son corps renfermait l'âme du Boanerge, l'enfant du tonnerre. Son palais, muni de tours, s'élevait non loin de la basilique de saint Saturnin, au nord de la rue qui porte encore le nom du Taureau qui traîna cet apôtre grec de Toulouse. Bertran de Born dut le visiter dans son manoir voisin des lices du Peyrou et du Pratcomtal. Il y tenait des réunions nocturnes, et prêchait revêtu d'une sorte de dalmatique. Cette dalmatique, pour un laïque et pour un baron, me semble un peu apocryphe. Le légat résolut de frapper d'abord l'hérésiarque. Maurand résiste à la som-

mation impérieuse du cardinal et cède à l'invitation amicale du comte. — Pierre, dit le légat; vous êtes accusé de professer l'hérésie arienne. — C'est faux, répondit avec raison le vieillard. — En ferez- vous le serment? — Ma parole suffit ; je suis chevalier et chrétien. Le cardinal insista, et Maurand consentit de crainte que son refus ne parut une conviction de catharisme. On apporta les reliques, on entonna le Veni Spwitus, ce cantique du roi Robert qui, du bûcher d'Orléans, doit se transmettre d'incendie en incendie, jusqu'à l'entière conflagration de l'Aquitaine. Maurand, dit-on, pâlit et demeura comme interdit pendant l'hymne funèbre. Il jura de répondre sur tous les articles de foi. Ses juges commencèrent l'interrogatoire par la consultation des sorts des saints. C'était une pratique superstitieuse, une sorcellerie sacrée. On ouvrit l'évangile sur lequel il avait juré, et l'on tomba sur ce verset : « Qui a-t-il entre vous et nous, Jésus, Fils de Dieu? vous êtes venu nous tourmenter avant le temps. » C'était le cardinal qui faisait la consultation sacrilège ; conséquemment lesévêques c'étaient des démons. Et le Fils de Dieu, qui venait les tourmenter avant le temps, c'était le Logos ou le Paraclet albigeois ; voilà le sens naturel. Mais on tordit ces mots ; on les appliqua violemment aux hérétiques, et l'on interrogea Maurand sur le sacrement de l'autel ; c'était le dogme souverain, le mira cle sacerdotal. Le baron nia que le pain consacré par le prêtre fut le corps de Jésus-Christ. Blasphemavit ! s'écrièrent les juges frémissants. Il fat déclaré hérétique, condamné à mort, et livré an bras séculier 4,

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