‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 127 sur 292 · Rog, de Hoveden, — Rob. de Mont, — Réginald · texte numérisé non relu

Rog, de Hoveden, — Rob. de Mont, — Réginald

Le prince intercéda et obtint du vieillard, affaibli par tant d'émotions, qu'il fera satisfaction au légat pontifical. Tiré de son cachot, il parut en caleçon devant ses juges, tomba aux pieds de Saint-Chrysogone, et promit, dit-on, de rentrer dans l'église romaine. 11 le jura au comte, aux capitouls, aux citoyens. Mais on voulait une pénitence publique pour terrifier la cité, et les héraults convoquèrent le peuple pour le lendemain, dans la basilique de Saint-Saturnin. Il leur fallait le supplice le plus long, le plus honteux, le plus éclatant. L'évêque de Toulouse et l'abbé de Saint-Saturnin vinrent le prendre dans les prisons du comte, au Gastel Narbonnais. Il avait à traverser toute la ville,, du sud au nord, jusqu'à la basilique carlovingienne. Il marchait nu entre l'évêque et l'abbé qui, de rue en rue et sur les places publiques, le fouettaient de verges, au milieu d'une foule immense, jusqu'à l'église où il entra parle portail occidental. Sur les degrés de l'autel, il tomba aux pieds du légat, abjura de nouveau et demanda miséricorde. Le cardinal de Saint-Chrysogone officia, puis prononça les sentences ; il le libéra de la mort, mais il maintint la confiscation de ses biens et la démolition de ses châteaux. Dans quarante jours, il dut partir pour la terre sainte et y rester trois ans au service des pauvres dans Jérusalem. On lui promit, s'il revenait, de lui rendre ses terres, mais non ses manoirs dont les ruines témoigneraient de son crime éternellement. Promesse illusoire, amère consolation, pour un vieillard qu'on envoyait mourir en Orient. Il dut encore, avant son départ, payer cinq cents livres pesant d'argent au comte, restituer des biens

aux prêtres, rendre des usures aux pauvres, visiter tous les jours, en se flagellant, les églises de Toulouse. Toulouse, pendant quarante jours, eut l'affligeant spectacle de ce grand vieillard fustigé. Mais, dans ce baron, dans cet homme capitulaire, c'est la ville elle-même qui se sentait stjgmatisée par les licteurs du Vatican. Et Ramon V put y voir un échantillon du supplice qui attendait son fils Ramon VI, et son petit-fils Ramon VII, et sa dynastie, et la patrie, expirante sous les verges théocratiques. Enfin l'infortuné baron partit pour son pèlerinage d'outremer; il alla mêler sa passion mortelle à l'immortelle passion du Calvaire (1 178) 4.

Maurand s'embarqua à Marseille et put en mer rencontrer Moïse Maimonide, le grand Rabbin de Gordoue, banni par la synagogue et se réfugiant en Egypte, patrie de son ancêtre Philon. Ce platonisme mystique;, il le retrouvera en Sicile, auprès de Joachim de Flore; en Syrie, auprès de Ramon II, de Tripoli; en Arabie, auprès de Farid-Uddin. Ce Sofi persan publiait alors même le Mantic Uttaïr, ou le parlement des oiseaux ; apologue célèbre, épopée symbolique des âmes errantes et plaintives qui cherchent Dieu dans les tempêtes. C'est le pèlerinage vers l'éternité d'un Bunyan oriental2.

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