CHAPITRE VII
Roger Tailhafer, vicomte de Carcassonne. — Les évêques cathares Ramondi et Baimiac se réfugient auprès d'Aladaïs. — Croisade dans l'Albigeois. — Colloque dans la cathédrale de Saint-Etienne. — Condamnation des cathares. — Départ de Saint-Chry sogone .
Pendant que Maurand s'éloignait de Tague en vague vers la Palestine, que se passait-il à Toulouse? Le cardinal anathématise tous les cathares de la grande cité. Ils se retirent auprès de Roger et d'Aladaïs, à Carcassonne, où s'étaient déjà réfugiés le patriarche Ramondi et son fils Major, Baimiac, évêque d'Aran. Roger Talhafer était en religion un prince indépendant et libéral; catholicisme, catharisme, judaïsme, vivaient à sa cour sur un pied d'égalité. Il avait pour argentier le juif Caravita, et pour ministre le cathare Bertran de Saissac. Il venait de mettre en prison l'évêque d'Albi sous la garde des Pauliciens. Le légat députa l'abbé de Clairvaux et l'évêque de Bath, pour réclamer l'élargissement du prélat, et l'expulsion des hérétiques. Roger et Aladaïs jugèrent prudent de ne pas les attendre à
Garcassonne. Ils se retirèrent avec les proscrits dans les montagnes et les forêts de l'Albigeois.
L'évêque et l'abbé se dirigèrent sur Castres avec une escorte commandée par Ramon de Turenne et Ramon de Gastelneau. Ramon de Turenne était favorable aux proscrits ; il était le père de trois beautés célèbres 4, Dona Mahenz, de Montagnac, la blonde dame de Bertran de Born, et qui préférait aux rois d'Angleterre et d'Aragon le libérateur de l'Aquitaine ; Dona Maria de Ventadour, bru de celle que Bernard aima, l'objet des chants du poète Gancelm, le Faidit d'Uzerche, et la Sapho de la Vezère ; enfin l'héroïque Dona Hélis de Grourdon dont l'histoire se mêle à l'idyle guerrière du • vicomte de Saint-Antonin, et qui sera la Glorinde de la Dordogne armée contre la croix pour le Paraclet. Ramon de Gastelneau n'était pas moins propice aux Trencabel, ' car il est le père de ce Rathier de Gaussade qui livra le comte Baudoin de Toulouse, le frère même d'Aladaïs, au comte de Foix qui, de ses propres mains, pendit le traître au noyer patibulaire de Montauban. C'est ainsi que ces princes et ces prélats s'avançaient vers Castres. La vicomtesse Aladaïs s'enferma vaillamment dans la cité, mais le vicomte Roger, pour ne pas se compromettre ou pour mieux les combattre du dehors, se retira vers les cimes escarpées de la montagne Noire. Castres était, comme son nom l'indique, un ancien camp romain, (Castra) qui, successivement, devint au moyen âge, une abbaye, un bourg, une