‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 150 sur 292 · Vita, ap. Boll. XVIII · texte numérisé non relu

Vita, ap. Boll. XVIII

de Lion, fut curieux de voir le grand cénobite, vénéré des rois anglo-normands et notamment de sa sœur Jehanne d'Angleterre, veuve du prédécesseur de Tancrède, qui régnait sur les deux Siciles. Richard voulut consulter, sur la destinée de l'Église et sur le succès de la croisade, l'oracle de la Galabre. Joachim expliqua le chapitre XII de l'apocalypse. La femme revêtue du soleil, qui avait sous ses pieds la lune, et sur la tête nue une couronne de douze étoiles, c'est l'Église. Le dragon fauve, aux sept têtes et aux sept diadèmes, c'est le diable. Les sept têtes sont les principaux persécuteurs: Hérode, Néron, Constance, Mahomet, Melsémut (Mahmout?) Saladin et l'Antéchrist. Les cinq premiers sont passés, Saladin règne, et l'Antéchrist va venir .Saladin triomphe ; mais il perdra bientôt Jérusalem et la terre sainte.

— Quand sera-ce? demanda Richard. — Sept ans après la prise de Jérusalem, répondit Joachim. —

— Alors, reprit le roi, nous sommes venus trop tôt.

— Votre arrivée, répliqua le cénobite, était nécessaire. Dieu vous donnera la victoire sur ses ennemis et rendra votre nom célèbre sur tous les princes de la terre. Quand à l'Antéchrist, il est déjà né à Rome; il sera bientôt élevé sur le Saint-Siège. A ces paroles étonnantes, Gérard, archevêque d'Auch, Gauthier, archevêque de Rouen, et les autres prélats aquitains et français se récrièrent, et s'efforcèrent de prouver que l'Antéchrist ne siégerait jamais dans la chaire de saint Pierre. On reconnaît ici l'esprit grec de Joachim, ennemi de la théocratie romaine1.

1, Italia sacra, IX, 27.

Le printemps venu, les deux rois reprirent la mer. Philippe navigua directement vers Saint-Jeand'Acre. Richard s'arrêta d'abord à Rhodes, la Fille du Soleil, dit Pindare qui célèbre son origine océanienne. Dix jours après il arrivait en vue de Chypre, l'île aimée d'Aphrodite, et qui devait arrêter plus longtemps les héros de la croix. Cette île gémissait sous la tyrannie d'un prince grec nommé Isaac, qui l'avait détachée de l'empire d'Orient. Ce pirate couronné pillait tous les navires abordant sur ses côtes. Richard apprend qu'il avait ainsi traité quelques vaisseaux anglais. Il débarque aussitôt, combat les Cypriotes, charge Isaac de chaînes d'argent, subjugue toute l'île, et célèbre ses noces avec Bérangère de Navarre. C'est alors sans doute qu'il donna à son troubadour favori, Pierre Vidal, de Toulouse, une captive grecque, Commène ou Tzigane, parente du porphyrogénète insulaire. Sous un autre Achille, on retrouve ici les mœurs homériques*.

C'est un funeste exemple que donnait là le Cœur de Lion : une croisade contre les chrétiens; il ne prend qu'une île de l'Archipel, mais douze ans plus tard, une autre armée de pèlerins conquerra l'empire d'Orient. Richard céda Chypre à Gui de Luzignan, en échange de son titre de roi de Jérusalem.

La flotte remit à la voile et continua sa route vers Tripoli de Syrie, terre amie, où régnait Ramon IIP, du sang de Poitiers. Ramon II, comte de Tripoli,

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