Poètes arabes
son amour et son bonheur perdu. « Allez, disait-il à ses vers, porter mes soupirs vers ma chère Hinda. Mes regrets me consument, mais la joie me revient quand j'entends parler de ma gazelle charmante, à la noble origine, au visage brillant comme le croissant de la lune, élégant comme la face de nos statues d'or. » Abdallah, vaincu par son amour, sait ses strophes et ses soupirs vers la demeure lointaine de Hinda. Il arrive chez les Amirides. Il cherche sa tente, il la découvre au bord d'une piscine. Hinda est assise auprès des eaux, rêveuse. Son mari non loin d'elle abreuvait ses chameaux. Elle voit l'étranger ; elle reconnaît Abdallah. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre ; ils mêlent leurs paroles d'amour, leurs larmes de joie, leurs souffles, leurs âmes. Ils expirent dans cette étreinte suprême d'amour. L'époux accourt pour repousser le ravisseur. Il ne trouva que sa chamelle plaintive flairant les cadavres des deux amants. On les ensevelit dans le sable du désert.
L'Arabie compte encore d'autres martyrs d'amour, entre autres les deux Mourakish, poètes et guerriers fameux, de l'illustre tribu des Bacrides1. L'Arabe, excessif dans l'expression de l'amour humain, l'est encore plus dans la peinture de l'amour céleste. Son génie, comme un épervier enivré de hachisch, monte éperdu dans l'extase, et tournoie ébloui, et retombe asphyxié du ciel embrasé de l'Inde.
Saladin devait avoir avec lui le roi des fabulistes de l'Iran. Le fameux Farid-Eddin put faire entendre aux chrétiens son épopée mystique des oiseaux.