Perron et Fresnel, orientalistes
Nous allons en donner ici la substance; pour montrer qu'une sorte de catharisme musulman régnait aussi parmi les poètes de la Perse et de l'Arabie. Nous ne saurions d'ailleurs mieux placer ce conte oriental1.
La huppe, qui avait conversé avec Salomon, est l'héroïne de ce poème où la poésie de Farid-Eddin (la perle de la religion) se revêt de l'apologue de Bid-Pay.
La huppe, qui a le nom de Dieu écrit sur son bec, qui porte sur sa tête la couronne de la vérité, et sur sa poitrine le talisman de la sainteté, convoque la république des oiseaux. La prophétesse dit qu'il ne convenait pas que leurs tribus restassent sans calife, et que l'émir El-Mumenim résidait sur une cime aérienne du Caucase. En conséquence, une ambassade de pèlerins devaient se rendre sans arder auprès de Simorg, la Face de Dieu.
Le rossignol répondit : J'aime la rose et je meurs loin de ma sultane adorée. La perruche : Je porte la robe verte des saints et leur collier d'or. Le canard : Je suis très-pur et pour mes ablutions légales je reste dans mes lacs. Le héron : Je ne quitte pas les fleuves où je ne romps le jeûne que pour la pêche sacrée du poisson. Le paon superbe : Pénitent, je ne puis sortir de l'ombre et des solitudes saintes des forêts. Le humaï (le phénix de l'Islam) : Sachez, ô oiseaux de la terre et de la mer, que je fais les rois. Pourquoi rechercherais-je l'amitié de l'altier Simorg ?
li Silvestre de Sacy. — Garcin de Tassy.
Tous les oiseaux refusent d'abord. La docte théologienne insiste. Sa parole les ébranle; l'un d'eux demanda : Dis-nous quel est ce monarque mystérieux? — Sa face est comme le soleil ; son regard produit tous les êtres ; mais ces êtres ne sont que des ombres ; il habite le château de la Gloire. Regarde au miroir de ton cœur, tu verras Simorg. — Mais comment arrive-t-on jusqu'à lui? — La route passe au travers de sept vallées. Ces vallées sont : la recherche, l'amour, la connaissance, la suffisance, l'unité, l'étonnement et le désert, de l'anéantissement. — Et qu'offrirons- nous à notre roi? Le rubis? les perles? — Le vrai diamant, c'est l'amour, c'est le cœur.
Ils partent ; la huppe est leur guide, la savante conductrice décrit la topographie de la route mystique ; comme la sibylle, elle multiplie ses conseils ; néanmoins beaucoup s'égarent, périssent, sont dévorés parles serpents, les tigres, la tempête et l'Océan. Ils cheminent sans fin de déserts en déserts; ils gravissent les sept sphères de la perfection ; ils arrivent, mais hélas! poudreux, ensanglantés, sans plumes ni ailes ; mais combien sont-ils? De tant de myriades il n'en reste, hélas ! que trente ; ils adorent Simorg. Une voix céleste leur dit : Mourez en moi et vous revivrez. Les oiseaux se plongent dans Simorg ; les âmes s'abîment en Dieu. L'Être s'anéantit pour trouver l'éternité. Telle est la fameuse parabole épique de Farid-Eddin1, imitateur de Valmiki :
1. Garcia de Tassy, poésie religieuse et philosophique des P ersans.
l'absorption en Dieu est la théologie duRamayana.
Après ces fêtes, Richard s'embarqua pour l'Èurope. Adieu, dit-il, terre sainte ! je reviendrai t'arracher au joug des infidèles. Je te recommande aux soins du Très-Haut1! Il s'éloigna, emmenant sa femme et sa sœur sur sa flotte que la tempête ballotta parmi les îles de l'Archipel. Il ne voulait pas débarquer à Marseille, craignant peut-être l'inimitié du comte de Toulouse, allié du roi de France. Il se trompait; sa renommée lui avait rendu les Aquitains, et son nom était sur les lèvres et sur les harpes des troubadours. Arrivé aux bouches de l'Adriatique, il enfila comme un long fleuve cette mer dalmate jusqu'à Venise. Là le roi prit des chevaux pour gagner directement, à travers toute l'Allemagne, la mer du Nord et les côtes d'Angleterre. Reconnu, livré au duc d'Autriche son ennemi, et réclamé par l'empereur, il resta trois ans captif dans les forteresses allemandes ; on ignorait ce qu'était devenu le Cœur de Lion. Le peuple des ménestrels s'émut du sort mystérieux de ce roi des troubadours. L'un d'eux, nommé Blondel, partit avec sa harpe à la recherche du monarque. Il chantait, de donjon en donjon, un air connu du héros captif. Un jour, ô surprise, une voix répondit à son chant et continua la ballade plaintive. C'était Richard. Blondel avait retrouvé le troubadour couronné. Sa vieille mère Eléonore, les barons aquitains, le peuple des ménestrels, réclament de l'empereur la délivrance du héros de la croisade. Mais Philippe-Auguste et Jean