‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 165 sur 292 · Rog. de Hov · texte numérisé non relu

Rog. de Hov

monarque du gai savoir, l'empereur d'amour, après le comte Ramon V. Car le royaume d'Arles, c'était la Provence, des Gévennes aux Alpes, le royaume de la musique et de la poésie. Richard, par son nouveau titre, devenait le suzerain du comte de Toulouse et du roi d'Aragon. Possédant les pentes des Alpes et les plages de l'Océan, il ne lui manquait plus que le centre, les États de Toulouse, pour réunir toute l'Aquitaine sous son sceptre. C'était le rêve des ducs d'Aquitaine, et c'est pour le convertir en réalité que la guerre durait depuis bientôt cent ans, entre Poitiers et Toulouse. Richard, ne pouvant absorber ce puissant État central soutenu d'ailleurs par Philippe- Auguste, résolut de se l'attacher par une alliance et de l'enlever à son menaçant rival. Les peuples étaient las de cette guerre fratricide. La paix avait paru impossible pendant la vie des trois princes belligérants. Henri II mourut le premier (1188). Ramon V venait de le suivre dans la tombe (1194). Leurs successeurs purent ouvrir les préliminaires d'un accord qui ne se conclura que deux ans après, à la mort d'Alfonse, roi d'Aragon (1196).

Le promoteur de la paix fut probablement le belliqueux Bertran de Born, devenu le conseiller de Richard. Bertran détestait les deux rois; en les voyant partir pour la croisade, il espéra qu'ils allaient s'y perdre. « Puissent-ils tomber, disait-il, dans les fers de Saladin ! » Quand il vit revenir seul .et furtivement Philippe, le patriote trembla pour l'Aquitaine. Le lion de Poitiers n'était plus là pour repousser les ruses et les attaques du renard capé-

tien. Il pressa le retour du monarque anglais; quelle ne dût pas être sa douleur quand il apprit sa captivité en Allemagne ! N'est-ce pas lui qui envoya Blondel à la recherche du roi des troubadours? Quoi qu'il en soit, Bertran fit alors une action grande et belle. Ennemi de Richard, il se déclara son champion et attaqua le vicomte de Limoges, vendu au roi de France. Il se mit aux ordres de la vieille reine Éléonore pour arrêter les empiétements de Philippe. Il assoupit l'inimitié de Toulouse. Bertran, aussi grand patriote que magnanime chevalier, avait oublié ses démêlés avec oui et non. Richard, à ses yeux, n'était plus que oui, le champion de la terre et de la langue d'Oc, le glaive vengeur et libérateur de l'Aquitaine. Dès qu'il apprit la délivrance du roi, ce fut Bertran qui fut content, dit son naïf biographe1. Ce grand politique négocia la paix avec Toulouse. Un autre négociateur vint seconder son patriotisme, c'est l'Amour. Le Cœur de Lion avait laissé en mer sa femme Bérangère et sa sœur Jehanne de Sicile. La tempête avait séparé leurs vaisseaux, et pendant que le roi était emporté dans l'Adriatique, les deux reines étaient poussées vers les mers de Naples et les bouches du Tibre. Elles se reposèrent six mois à Rome, et puis continuèrent leur route vers Marseille. Alphonse II, roi d'Aragon, les reçut au port et les escorta jusqu'au Rhône. Ramon VI les attendit à Beaucaire et les accompagna jusqu'en Guyenne. C'était un hommage au

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