‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 184 sur 292 · Mirapeira, la pierre merveilleuse · texte numérisé non relu

Mirapeira, la pierre merveilleuse

* Erfacez par Totre pénitence vos péchés passés. Employez vos armes an service de Dieu. Marchez sur les traces dn comte Alphonse, votre aïeal, et conquérez nne immortelle gloire en allant à son exemple combattre les infidèles en Orient! » — Ramon ne partit pas pour la terre sainte. Il ne démolit pas le château de Mirapétra. Le Vatican gronda de nouveau. Ce fut le premier murmure de tant de tonnerres1.

La mort imprévue du Cœur de Lion laissait le comte de Toulouse en guerre avec le roi de France. Ramon fit la paix, mais ne renouvela pas son alliance avec son cousin de Paris. Il persista dans sa politique nouvelle et s'unit plus étroitement encore a¥ec la maison de Barcelone. Après la mort de Jeanne Piantagenet, il épousa sa cinquième femme, Éléonora, infante d'Aragon. C'était un mariage purement politique, car il prenait, dans son âge mur, une enfant dont il dut attendre quatre ou cinq ans encore la nubilité. Plus tari, il redoubla même cette union en arrêtant d'avance sa petite Lelle-sœur dona Sancha, pour son fils Ramonet à peine sorti du berceau. Le roi d'Aragon, leur frère aîné, qu'on appelait en Aquitaine En Peyre, et en Espagne don Pedro II, était un grand et beau prince adolescent, alors uniquement occupé de chasse et d'amour. Il continua, dans les fanfares de ses voluptés, l'inconséquente et sinueuse politique de son père en s'a grandissant inconsidérément en deçà des monts. Il donna

i. Epist. L I, 397.

la Provence à son frère Alphonse, s'adjoignit le Roussillon, et pour posséder tout le littoral du golfe, convoitait Montpellier. Ces mariages enfantins et ces politiques chevaleresques étaient de peu de secours à Ramon VI qui restait seul à porter le poids des sourdes et accablantes inimitiés du roi de France1.

Montpellier avait toujours aidé Barcelone dans sa guerre contre les Maures. Une vieille alliance, une parenté nouvelle unissait les maisons de Montpellier" et d'Aragon. Guilhem VIII était un des princes les plus distingués du Midi. Il avait épousé Eudoxie, fille de Manuel Gomnène, empereur d'Orient. Il n'était pas allé chercher sa femme à Gonstantinople, mais la mer la lui avait apportée, comme une épave, sur la grève de Maguelonne. Jamais mariage plus singulier et plus romanesque. Alphonse, roi d'Aragon, avait demandé la main d'Eudoxie au César byzantin. La despcene fiancée s'embarque à la Corned'Oret, traversant les archipels de la Grèce et de la Sicile, elle aborde sur les côtes de la Provence. Mais descendue à Maguelonne, elle apprend que ce roi troubadour, trompé par les longs silences d'une lente navigation, ou plus vraisemblablement, cédant aux fluctuations de son cœur plus inconstant que la mer, venait d'épouser dona Sancha de Gastille. La voilà délaissée comme Ariadne sur la grève de Maguelonne. Par cette indigne action, le perfide Alphonse vengeait sans le savoir peut-être l'outrage fait dans le même temps à l'infortunée Mélissende de Tripoli,

Page 1