‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 19 sur 292 · Nap. Peyrat : Histoire de Vigilance · texte numérisé non relu

Nap. Peyrat : Histoire de Vigilance

la Provence, la moitié de l'Aquitaine. En trois siècles leurs états s'étendent des Alpes jusqu'à l'Océan. Ramon IV conduit en Palestine une colonne de cent mille Aquitains, dispute le trône de Jérusalem, et fonde, au pied du Liban, Tripoli de Syrie, cette Toulouse de l'Orient.

Tripoli, Antioche, Edesse et Damas étaient les quatre grands feudataires du royaume latin de Jérusalem. Le comté de Tripoli s'étendait le long de la mer sur les croupes du Liban. 11 avait au sud la Palestine, au nord Antioche; il était séparé d'Edesse et de Damas, par le Liban et le désert. Des villes gréco-phéniciennes, Arados, Tripolis, Beryte, Biblos, Porphyrion, Sidon, Tyr, constellaient cette plage asiatique arrosée par les torrents de la Blanche-Montagne, l'Eleutheros, le Thamyras, le Léontès et l'Adonis, dont l'onde sanglante avait donné naissance au mythe si fameux du berger tué par un sanglier et pleuré de Vénus. C'était, dit un historien latin1, une région de grâces et de vénusté. Tripoli, sa métropole, s'élevait dans une forêt de palmiers, d'orangers, de grenadiers et de myrtes ; non loin du fleuve Gadisha qui descend comme son nom l'indique, de la vallée des Saints, toute peuplée de solitaires, et qui ruisselle en mille cascades, des cèdres de Salomon et des neiges éternelles du Sannim. Ramon de Saint-Gélis avait renfermé dans son fief oriental, les temples de Balbeck, les chants de la Sulamite, et les larmes de Vénus. Le prince aquitain était l'émir des Maronites. Du Mont-Pèle-

' 1. Ammien- Marcelin : plena gratiarum et venus tatis.

rin son palais féodal, il voyait à ses pieds la triple cité,' grecque, arabe, phénicienne. A une demi-lieue sur la plage, se creusait le port entre des rochers couronnés de tours, couvert au large par une île. . En face, comme des vaisseaux allongés, s'étendaient Chypre, plus loin Candie, la mer d'Occident dont les flots, murmurant sur la grève, lui parlaient de la Provence et de la Septimanie. Cet Éden lui fit oublier Toulouse et même dédaigner plus tard la couronne de Jérusalem. Le grand vieillard mourut au Mont-Pèlerin, et c'est sur ce sommet, où il avait fixé son tombeau., qu'il dort auprès d'Elvire de Castille entre le Liban et la mer1.

De ses deux fils, Bertran né à Toulouse alla régner en Orient, et Alphonse né à Tripoli vint régner en Occident. Les comtes de Foix et de Montpellier rapportèrent en Aquitaine cet enfant de la vieillesse du héros. Ce petit Syrien, à peine sevré, et bercé dans leur bouclier, avait à son baptême reçu l'eau et le nom du Jourdain. Avec quel amour Toulouse dut accueillir le blond orphelin éclôs'de la croisade, et en quelque sorte dans le tombeau du Christ ! 11 fut un gage de salut et de liberté. Guilhem IX, comte de Poitiers, mari de Philippa de Saint-Gélis, revendiquait comme son héritage les états de Toulouse. Il expulsa le petit Alphonse de' sa capitale et le jeune déshérité vécut errant dans les bercails des Pyrénées. Mais les comtes de Foix, de Gommenge et de Carcassonne,ses parents, et les con-

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