‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 198 sur 292 · Augustin Thierry. — Ourgaud · texte numérisé non relu

Augustin Thierry. — Ourgaud

était l'état religieux et politique de Pamiers, comme de tout le Midi, lorsqu'en 1204, Esclarmonde de Foix, veuve de Jordan de l'Ile, vicomtesse de GU moez, vint s'établir au Castellar.

C'était sur un plateau culminant, un massif de tours et de tourelles pyramidant irrégulièrement autour d'un cône de rocher marneux, dont la cime supportait dans les airs un donjon crénelé. De sa plateforme on découvrait le plus magnifique horizon. Vers le sud, derrière d'autres montagnes brunes, la crête neigeuse et étincelante des Pyrénées; vers l'ouest, au pied des collines abruptes du Podaguez qu'elle déchire incessamment, l'Ariège fougueuse et bruyante ; à l'est et au nord, la ville, aux toits confus, sombres, dentelés de tours et de cyprès, qu'enveloppe un bras du torrent, se déployait en éventail ; au levant, la vieille ville de Frédélas, et plus loin l'abbaye de Saint-Antonin ; au septentrion, la Ville- Neuve des comtes, le long du Gave, au pied du Castellar. Enfin, tout à l'entour dans la plaine, une forêt immense, à l'extrémité de laquelle, vers l'orient, s'élevait sur les bords de l'Ers le monastère de Bolbona, nécropole des comtes de Foix1.

Le Castellar fut d'abord la résidence d'Esclarmonde, mais sur le même plateau, le comte Ramon- Roger faisait construire pour sa soeur bien-aimée un

1. La Motte, ou le monticule du Castellar, de forme^ ovale, aujourd'hui dépouillé de ses murailles, a de Test à l'ouest 120 mitres, sur 80 du sud au nord, et le rocher du donjon, diminutif du grand plateau, en a 30 sur 20 environ.

vaste manoir contigu, mélange du castel et du cloître, qui devait contenir les ouvroirs, les écoles et les hospices de la princesse. Ses jardins de pampres, de figuiers, de grenadiers, de cyprès et de roses, descendaient sur l'escarpement du sud jusqu'à la porte de l'Olmet et jusqu'au rempart dont \mBêzaV rapide et murmurant baignait le fossé. De sa hauteur, elle voyait à une demi-lieue vers le sud la puissante abbaye de Saint- Antonin qui, de son côté, regardait d'un œil jaloux et furieux grandir chaque jour et s'élever cette métropole cathare sur le monticule du Castellar. A la lutte féodale venait se joindre la lutte hérétique, et Ton conçoit mieux pourquoi le comte et l'abbé se disputaient avec tant d'acharnement ce vieux donjon romain. C'était pour eux l'éternelle question : Etre ou n'être pas !

Esclarmonde, à peine campée au Castellar, commença la guerre. Elle abjura le catholicisme et, se déclarant la patronne de l'Eglise du Paraclet, se mit hardiment en hostilité avec les moines de Saint-Antonin et les légats du Vatican. Cette conversion éclatante n'est pas seulement l'acte de foi d'une femme, mais encore celui de la maison comtale et de la race romane. Elle sent derrière elle le peuple, les consuls, les chevaliers, les princes aquitains. Elle était la personnification de l'esprit laïque et chevaleresque du Midi contre les envahissements de l'ambition théocratique. Esclarmonde était, à son insu, l'héroïne d'une race, d'une civilisation et de l'avenir du

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