‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 201 sur 292 · Beausobre, t. II · texte numérisé non relu

Beausobre, t. II

adolescence platonique, et réaliser tardivement cette consécration anticipée dont son nom resplendissant était le prophétique augure. Elle allait être un feu pur, un éclair brillant mais orageux, et comme un trait de foudre étincelant dans la plus horrible tempête qui ait bouleversé le monde.

La vicomtesse ne sortit plus de Pamiers jusqu'à la croisade. Patronne à la Ibis et servante de l'Eglise du Consolateur, pauvre volontaire au sein de son opulence princière, elle ne fut plus occupée que de fondations d'écoles et d'hospices cathares. Sa propagande s'étendit dans la cité, dans la comté, dans toute l'Aquitaine et jusqu'en Espagne. Sa première néophyte fut probablement sa belle-sceur, la bonne comtesse Philippa. Les infants furent confiés à des précepteurs albigeois1. Les officiers, les favoris du comte étaient cathares. Mais soit prudence politique, soit supériorité intellectuelle, ce prince affecta constamment de se tenir au dehors et au-dessus des deux sacerdoces.

Le Castellarde Pamiers devint sous Esclarmonde la métropole du catharisme pyrénéen. Princesse opulente, elle y vivait entourée du sacerdoce albigeois et d'un peuple de pauvres, de malades et d'orphelins. La persécution va lui envoyer les proscrits. Elle attendait, elle provoquait les orages. Elle couronnera ses œuvres de charité par une offrande magnifique

1. Le chevalier Adhémar de Rodelha, et le diacre Peyrota de Glermont.

et guerrière à son Dieu. Le comte Roger-Bernard son père avait assigné son douaire sur la terre de Montségur. C'était un vieux castellum romain situé dans les montagnes du Thabor, sur la limite orientale du comté de Foix. Des fenêtres du Castellar, Esclarmonde pouvait, à douze lieues vers le sud-est, contempler leurs noires masses blanchies par l'hiver, mais où, l'été, ses nombreux colons paissaient leurs troupeaux de brebis, de génisses et de cavales autour des gouffres druidiques et des cascades de Montferrier. C'est dans ce repaire des ours, de l'hiver et des ouragans qu'elle résolut d'offrir, contre les éventualités menaçantes de l'avenir, un asile inexpugnable au sacerdoce fugitif du Paraclet. Double et magnanime oblation, le séminaire du Castellar et la forteresse de Montségur!

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