CHAPITRE V
Le pays cTOlmès. — Les légats romains. — Le comte de Toulouse — L'évêque cathare Gaucéli. — Les Fils de Bélissen. — Synode de Mirepois.
Le voyageur qui de Carcassonne se rend à Foix par Chalabre, découvre, en approchant de Lavelanet, sur une cime de montagne, et quelquefois audessus des nuées, les restes d'un château pyrénéen. Ces ruines ont la forme d'un autel et d'un tombeau. Elles sont effectivement le tombeau d'un peuple, et l'autel où il s'offrit en holocauste pour sa patrie et pour son Dieu, C'est Montségur, forteresse, sanctuaire et sépulcre des derniers Albigeois au xme siècle. Ces cimes gracieuses et sombres sont les montagnes du Thabor pyrénéen, Thabor de l'Occident, où le christianisme matériel du moyen âge, se transfigurant dans l'idéal divin, flotta, comme le Christ, au-dessus d'une terre de carnage et de tempête, dans la splendeur azurée du ciel.
Les montagnes du Thabor, dont un contrefort détaché supporte, comme un piédestal, le château de
Montségur, forment la limite orientale du comté de Foix.. Ces montagnes étaient, dans l'antiquité ibéroceltique, un des plus célèbres sanctuaires druidiques des Pyrénées. Elles renferment les fameux Gourgs1. Ce sont de gigantesques cuves de granit où se recueillent les eaux du ciel dans le cratère éteint d'un volcan. Aucune barque ne sillonna jamais ces lacs vierges ; aucun animal ne but de leurs eaux sacrées; elles conservent encore de nos jours une renommée fatidique. Le pâtre raconte que lorsqu'on y jette une pierre, une branche desséchée, ou quelque corps mort, il s'en élève une petite vapeur qui se dilate en un nuage sombre, et se transforme en un horrible tourbillon de vent, de plaie et d'éclairs. Ces gouffres, dit un vieil historien, sont nourriciers de tonnerres*1. Du plus septentrional des trois, par une large brèche, l'Ers s'échappe en bouillonnant comme de son urne sauvage. Il forme l'origine du torrent qui s'accroît en chemin d'une autre source non moins mystérieuse, la fontaine intermittente de Fontestorbas 3, au-dessus de Belestar. Cette grotte volcanique et les trois Gourgs étaient comme les piscines sacrées de l'antique sanctuaire où les mages accomplissaient les rites du culte des éléments. La grande source, roulant à travers d'étroites et profondes gorges hérissées de noirs sapins, après avoir traversé le val de l'Iucant ou de l'Enchantement, baignait le pied d'une montagne dont la cime est encore entourée d'un vague prestige. Une forteresse, selon les tradi-