Doat, XVII
seraient excommuniés et pourchassés comme hérétiques. Après ce préambule, les viguiers, les consuls, les barons firent entre les mains des légats le serment solennel. Mais après la cérémonie, ils se demandèrent : « Quel droit a le pontife romain sur notre cité? Pourquoi met-il sur nos libertés son sceau sacerdotal? Nous tenons ces libertés de nos pères, des vieux Romains et des antiques Ibères. Nul n'a le droit de nous les ravir, ni le comte, m le roi de France, ni le pape de Rome. L'apostole aspirait à la domination de l'univers. Le meilleur moven de lui enlever et le monde et Toulouse, c'est de lui ravir notre âme. » — Et l'on revint au catharisme.
Le comte et ses énergiques consuls s'émurent peu des admonestations' du calme Raoul et du fougueux Pierre de Gastelnau. Ils refusèrent d'expulser les hérétiques des murs de Toulouse. L'évêque, ami du comte, par tolérance, et le clergé lui-même, par douceur où par crainte, éludèrent l'exécution des ordres des légats. Les proscrits étaient les plus grands citoyens; l'hérésie, c'était presque tout le peuple. Tolosa , dit le chroniqueur contemporain, était toia dolosa, pleine de dol, et le comte de Toulouse (tolosanus), ajoute-t-il plus loin en forgeant un barbarisme pour faire un calembour, était le comte de la fraude (dolosanus1). Ramon VI, prince en cela tout à fait moderne, ne punissait jamais pour cause de religion. On lui demandait un jour de punir un sacrilège :• un hérétique avait fait ses ordures dans une*
t. Pierre de Vaux-Cernay. — Pierre le Vénérable.
église et s'était torché avec le crêpe de l'autel. Le comte refusa, et celui qui réclamait le châtiment, c'était l'abbé de Grandselve, ce terrible Arnauld- Amalric, qui reparaît comme abbé de Citeaux, armé de tous les tonnerres d'Innocent III.
Il était Espagnol, tout porte à le croire, un Manrique de Lara, de cette grande maison de Castille, entée sur les vicomtes de Narbonne. Religieux cistercien, il était devenu tour à tour abbé de Poblet en Aragon, de Grand-Selve, près de Toulouse, et enfin de Citeaux en France. C'était un moine guerrier, un homme de terreur, un ange d'extermination. Il arrivait revêtu, comme d'un orage, des menaces de Paris et de Rome. Comme Amalric descendait par l'Orient, Dominique, encore obscur, montait par l'Occident. Ils se rencontrèrent à Toulouse. L'un représentait la croisade, l'autre l'Inquisition, les deux faces de la destruction de l'Aquitaine. Raoul, Castelnau, Arnauld-Amalric menacèrent les Toulousains de déprédation. Ils firent tonner les colères des papes et des rois. Ils rappelaient les anciennes guerres des Francs, les invasions de Clovis et de Charlemagne. Falsifiant l'histoire dans leur ignorance barbare, ils prétendaient que leurs pères ariens avaient été exterminés, que la charrue avait passé sur Toulouse, et qu'un de ses rois, Alaric, avait été suspendu au gibet devant les portes de la cité 4. Ils menaçaient le comte, le peuple et la ville du même châtiment. Le prince et les consuls furent effrayés. Ils ne livrèrent pas les hérétiques, mais ils les firent sortir secrètement de