‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 208 sur 292 · Pierre de Vaux-Cernay, chap. Ier · texte numérisé non relu

Pierre de Vaux-Cernay, chap. Ier

leurs murs. L'évêque cathare, les diacres albigeois, les citoyens compromis, se réfugièrent dans les Pyrénées. Remontant les rives de la Garonne et de l'Ariège, ils se retirèrent dans le comté de Foix, auprès du comte Ramon-Roger et de la vicomtesse Esclarmonde. Quand Rome enlevait la terre et l'eau aux cathares, Esclarmonde ouvrit aux fugitifs les portes de Pamiers, et pressentant les orages de l'avenir; résolut de leur offrir une retraite inexpugnable sur la cime sauvage de Montségur.

Gaucéli, évêque cathare de Toulouse, demanda un asile aux Fils de Bélissen, seigneurs de Mirepoix. Cette maison chevaleresque ou plutôt cette tribu ibéro-gothique reconnaissait une femme pour son antique patriarche : soit une matrone dont le nom germanique était Mélissende, soit et plus vraisemblablement une déesse dont le nom était Bélissema ou Bélissena. Le dimanche s'appelle encore, chez les Basques, Astartéa. Lavélanet, ou plutôt Montségur, était un sanctuaire du soleil, Bélénus; Mirepoix devait être un bocage de la lune, Béléna, Bélissena,, la reine des deux. La race cantabre qui construisit son château sur l'emplacement de cet autel, conserva dans le christianisme l'orgueil de cette origine mythologique. Les noms de Sol, Estelo, Gométa étaient très fréquents dans le Midi. Plusieurs maisons pyrénéennes portaient des noms astronomiques. C'était une tradition ibère, un reste du culte oriental de la lumière, qui se transforma mystiquement dans la religion du Paraclet. Toutes ces familles sidérales embrassèrent ardemment le catharisme, et pendant ces jours de lutte, dans le capitoulat de Toulouse, on

voit figurer Pons, Ramon et Adalbert Astre. Il en fut sans doute ainsi des Fils de Bélissen1,

Les Pierre-Roger de Mirepoix étaient le tronc séculaire d'où se détachèrent successivement, d'abord les Arnauld-Roger (xie siècle), puis lesBatalha (xne siècle), et tout récemment enfin les Isarn de Fanjaus (xme siècle). LesBatalha formèrent trois rameaux, ceux de Mirepoix, ceux de Ventenac, ceux de Castelyerdun. Outre ces rameaux masculins, l'antique souche avait poussé des branches féminines dans les maisons de Durban, de Lordat, de Rabat, d'Astnava, de Gastilho, d'Arvigna, de Gastelverdun et de Montservat. La femme, qui donnait le nom à la famille, héritait aussi bien que l'homme dans cette douce féodalité méridionale; et la terre de Mirepoix, indivise sous tant de chefs, formait un mélange du clan ibère et du domaine féodal. Les Pierre-Roger, aînés de leur race, possédaient seuls le château ; de leur donjon, ils découvraient leur domaine immense arrosé par l'Ers. Il comprenait, outre les collines environnantes, les montagnes du Chercorb, et les cimes inférieures des Pyrénées. Mirepois, Fanjaus, Prouille, Chalabre, en étaient les principales châtellenies. Les seigneurs de Cabrespina et de Rocaféra, dans la Montagne-Noire, étaient encore des Fils de Bélissen, et leurs ancêtres avaient fondé l'abbaye de Gon-

1. Le culte de Minerva Bélisana existait chez les Consorani. Ampère, Hist. litt. de la France, t. I, ch. iv. — Près de Mirepois, on voit encore la forêt de la Bêlèna. — Pech-Lunar, en Lauragais, était aussi un autel de la Lune.

ches, sur leur territoire, au nord de Narbonne 4.

Roger de Mirepois, compagnon de Ramon IV, comte de Toulouse, dans la première croisade, avait comme lui fait voeu de mourir en Palestine. Pierre - Roger, son petit-fils, suivit en Orient le comte Ramon-Roger de Foix, dans l'expédition de Philippe- Auguste et de Richard Cœur de Lion. Il était, avec Bertran de Saissac et Améric de Montréal, l'ornement des cours de Garcassonne et de Foix. Guerrier et poète, il rompit des lances et composa des ballades pour la fameuse Loba de Pen-Autier. Cette sentimentalité chevaleresque et poétique s'idéalisa plus tard et se sanctifia dans le catharisme. Mirepois, en religion, en combats et en amours, fut toujours un diminutif de Garcassonne, un reflet de Foix, ses deux suzerains. Les Fils de Bélissen adoptèrent avec ardeur ce christianisme oriental. Us l'accueillirent dans leurs cités, dans leurs châteaux, dans leurs cœurs. Non contents d'adhérer au dogme, ils entrèrent dans le sacerdoce. Mirepoix, résidence de l'évêque de Toulouse, devint une métropole du catharisme pyrénéen. Les diacres prêchaient sur les places publiques ; il y avait un temple, des écoles, des hospices, un cimetière. A la tête de ses diaconesses était, au moins par la renommée, une veuve célèbre sous le nom de Na Lauretta.

Mirepoix s'allongeait sur la rive droite de l'Ers, entre la colline du château et le torrent qui descend de Montségur. Sur sa tête, il voyait le donjon, et à

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