Brovius. — Sponde.— Raynrlli
qui les déborde de toutes parts. Ces légats voyageaient avec tout le faste des anciens proconsuls romains, et comme les mandataires d'un César sacerdotal. Diégo et Dominique eurent alors non pas une idée, car il ne pouvait en germer sous leur dur crâne africain, mais un reflet du génie cathare qui leur parut une révélation d'en haut. « Descendez de vos superbes palefrois, s'écria le vieil évêque castillan d'un ton d'inspiré; dépouillez l'orgueil de vos pompes sacerdotales, prenez le bâton des apôtres, et pauvres, nuds pieds, pleins de foi, marchons contre l'hérésie! » L'Espagnol avait découvert que les deux plaies de l'Église romaine c'étaient l'ignorance et l'orgueil, et qu'il fallait combattre la dissidence par ses propres armes : l'enseignement et l'humilité. Le vieillard se met à leur tête, et voilà ces princes de l'Église et du cloître qui, la besace sur le dos, et pareils à des mendiants, marchent sur Toulouse, citadelle du johannisme aquitain. Arnauld-Amalric les quitta; il était rappelé à Giteaux pour présider son chapitre général qui se tenait en automne; mais il devait revenir avec un renfort de moines doctes et éloquents pour seconder leur propagande. C'est ainsi que Diégo et Dominique recommencèrent la lutte néfaste que leurs ancêtres Idax et Didax engagèrent contre les Priscillianites, ces Albigeois du ive siècle, dont les supplices ensanglantèrent l'Espagne et l'Aquitaine l.
Les légats romains et les missionnaires espagnols marchent sur Toulouse où Foulques les attend, ré-
i. Sulpice Sévère, hist., liv. II, cap. 50.
cemment monté sur son trône épiscopal. Mais qui donc les empêche d'attaquer la métropole johannite? Ce n'est pas évidemment le trop pacifique comte. Ce sont plutôt les énergiques consuls et les frémissements de l'orageuse cité. On trouve, en effet, à la tête de ces magnanimes capitouls, les chefs civils du catharisme toulousain ; le fameux Arnaud-Bernard ; Bernard le Bonhomme ; Arnauld-Taillefer dont la maison était un oratoire; maître Bernard, l'ingénieur des remparts ; Ramon de Pégulha , père d'un troubadour des guerres1. Laissant donc la capitale mundine, ils attaquèrent tout à l'entour ses forts avancés. Ils marchèrent d'abord sur Vertfeuil, château situé à six lieues vers le levant. Vertfeuil était cathare et léoniste depuis cent ans. Saint Bernard s'y était rendu avec le légat pontifical. Les habitants charivarisèrent le légat, bien qu'escorté des foudres de Rome et du génie du grand abbé de Glairvaux. Le principal seigneur de Vertfeuil et protecteur de l'albigisme était le chevalier Isarn Nébulat (l'orageux). Beaucoup d'hérésiarques accoururent à l'appel d'Isarn et au défi de Diégo. Les tenants cathares furent Pons, fils de Jordan, et Arnauld d'Arifat (la roche des fées). La dispute s'engagea sur la divinité et l'humanité de Christ. L'évêque cita ce passage de saint Paul : « Nul n'est monté au ciel que celui qui en est descendu. — Gomment l'entendez- vous? dit-il. — Nous entendons, répondirent les cathares, que Jésus, qui est le Fils de l'Homme, est maintenant dans le ciel. — Donc, reprit l'évêque, celui qui est dans le ciel,