‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 225 sur 292 · Du Mège, Hist. de Toulouse, t. I, p · texte numérisé non relu

Du Mège, Hist. de Toulouse, t. I, p

et qui s'appelle le Fils, n'est qu'un homme? — Certainement, répondit l'Albigeois. » L'évêque continua : « Le ciel est mon trône, et la terre est l'escabeau de mes pieds, » dit le prophète Esaïe. « Donc l'homme assis dans le ciel touche de ses pieds la terre, et la longueur de ses jambes est de tout l'espace de la terre au ciel? — Nous l'entendons ainsi, reprirent les cathares. — Que Dieu vous maudisse! s'écria le bouillant Espagnol. Vous n'êtes que de grossiers hérétiques ! Je vous croyais plus sagaces 1 ! »

C'est ainsi que Guilhem de Puilaurens raconte la discussion, un demi-siècle après l'événement. Evidemment ce n'est pas ainsi qu'ont parlé Pons Jordan et Arnauld d'Arifat. Le johannite ne croyait qu'au Verbe. Il n'admettait dans Jésus qu'une chair fantastique. Il rejetait absolument le Fils de l'Homme. Ce Christ humain et colossal est une conception ébionite, et rappelle l'Adam universel des rabbins, et l'un et l'autre ne sont qu'une grossière image du Jéhova hébreu. Il convient moins au catharisme qu'au christianisme judaïsant de Diégo, dont la logique incorrecte et l'argumentation barbare mériterait assez la brutale insulte dont il apostrophe les deux théologiens gnostiques.

De Vertfeuil, les légats se rendirent à Caraman. Le seigneur s'appelait Gérald de Gourdon. Son manoir avait reçu Nicétas, patriarche cathare de Constantinople. C'est au synode de Saint-Félix que ce métropolite d'Orient organisa l'Eglise d'Aquitaine.

\. Guil.de Puilaurens, chap. VIII.

Les tenants, cette fois, furent deux Français, Baudoin et Théodoric, ce fameux chanoine de Nevers, neveu du chevalier Evrard, fugitif de cette ville en 1200, et réfugié dans le Midi, où il devint évêque albigeois. La conférence dura huit jours. On prétend que, sur l'invitation d'Azévédo, le peuple consentit à renoncer à l'erreur, mais sans expliquer s'il entendait la cathare ou la catholique. Il refusa d'expulser les docteurs johannites, et par honneur escorta, une lieue durant, l'évêque et les légats romains. C'est ainsi que ce doux peuple, au langage caressant et mélodieux, congédia les farouches proconsuls et néanmoins resta fidèle à la foi du patriarche grec Nicétas. Il est évident qu'il fut retenu par ses énergiques chefs, les Gourdon et les Astorg de Rosengas *.

De Caraman, les missionnaires, par le versant septentrional de la Montagne-Noire, se dirigèrent vers la Provence. Nul bruit à Castres ; nulle rumeur à Saint-Pons, muets d'effroi; mais l'orage éclata dans Béziers. Les citoyens de Bôziers étaient, renommés pour leur âpre et fière indépendance. Trente ans auparavant, pour venger un de leurs compagnons insulté par un chevalier, et ne pouvant obtenir raison de l'outrage, ils avaient tué le vicomte et l'évêque, et furent à leur tour massacrés par le roi d'Aragon. A cette fierté civique se joignait une forte antipathie papale. Leur évêque même était anti-romain. Ils étaient encore exaspérés de la déposition et de l'assassinat de leur ancien évêque Guilhem de Rocozel.

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