‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 235 sur 292 · Pierre de Vaux-CernaY, ch, II · texte numérisé non relu

Pierre de Vaux-CernaY, ch, II

gnant qu'on ne les arrachât de ses mains, il crut les mettre dans un lieu inviolable, en les posant sur la châsse même du saint , entourée , comme d'une garde, de toutes les autres reliques, rangées en bataille sur l'autel tout flambant de cierges. Mais le comte n'était pas homme à se laisser épouvanter par cette phalange de squelettes. Il enleva les clefs du milieu de ces ossements, enferma l'abbé et ses religieux dans la basilique, et fit camper ses hommes d'armes dans le monastère. Au bout de trois jours, il les relâcha, les chassa de leur cloître, et envoya un héraut crier à son de trompe dans Pamiers : « Que nul bourgeois ni vilain ne soit assez hardi que d'héberger dans son logis, sous peine de la hart, ces moines félons de Saint-Antonin *. »

Pierre de Castelnau, cependant, avait rejoint ses collègues à Montréal. Arnauld-Amalric était aussi arrivé du Nord, suivi de douze abbés et d'une vingtaine de moines tirés des monastères de France. De ce nombre était Gui, prieur de Vaulx-Cernai, cloître dont les ruines décorent encore d'arcades gothiques si élégantes les rochers et les eaux de l'Ivette, dans le voisinage de Ghevreuse. Gui revenait de la conquête de Gonstantinople où il avait accompagné son ami Simon de Montfort. Il amenait avec lui Pierre, son neveu, cellérier de son monastère. C'est le futur chroniqueur de la croisade ; on a pu juger de son esprit par le récit du miracle de Montréal ; et pourtant sa chronique ne laisse pas d'avoir son prix, bien que fanatique et barbare. Arnauld-Amalric,

1, P. de Vaux-Cernay. — Dom Vaissette, t. V, p. 535, pr. 0.

Pierre de Gastelnau et l'évêque d'Osma, renforcés de leur phalange monastique, résolurent de se diviser par bandes de deux ou trois et de parcourir le Lauragais. Montréal, Fanjaus, Laurac étaient des foyers de catharisme. La matrone de Laurac était parfaite; sa fille Mabilia, diaconesse couronnée; ses deux autres filles, Géralda, dame de Lavaur, et Esclarmonde, châtelaine d'Aniort, ferventes croyantes, Améric de Montréal, son fils, venait de prêter son manoir au triomphe du johannisme dont il devait être le héros et plus tard le martyr. Quand Gui, abbé de Vaulx-Ccrnay, entra dans Laurac pour exorciser le bourg*, il fit le signe de la croix, symbole de sa mission et de sa prédication romaine. Sicard de Laurac, patriarche de cette tribu, répondit au moine : Que ce signe ne me soit jamais en aide1. Les missionnaires n'eurent aucun succès dans un pays aussi profondément cathare. Par Fanjaus, Eelpech et Bolbonne, ils se dirigèrent vers Pamiers qu'ils trouvèrent tout frémissant de la querelle du comte de Foix et des chevaliers de Durfort contre les moines de Sajnt-Antonin.

Foulques, évêque de Toulouse, et Navarre, évêque de Conserans, étaient accourus pour rétablir la paix. Ils s'interposèrent, prirent jour avec le comte, mais Ramon-Roger ne daigna pas même venir au rendez-vous de Pamiers. Pendant ce temps, il mettait la main sur les châteaux dépendants de l'abbaye. Pourtant ils devaient réussir plus tard; l'abbé tran-

Page 1