îrég. Nazian. Carmina
le mariage par la présence du Christ, les fêtes nuptiales, l'usage des viandes et du vin. Mais force nous sera de convenir que les Albigeois ne s'écartaient pas de cette doctrine, de cette morale, de cette hygiène* Ils se renfermaient avec la plus scrupuleuse exactitude dans le texte johannite, et quand ils s'en échappaient c'était à la faveur de l'interprétation allégorique, pour mettre d'accord, à la manière d'Origène, le spiritualisme chrétien avec la| mysticité panthéistique du néoplatonisme. C'est l'Evangile interprété parle génie alexandrin. De là un christianisme oriental qui diffère du christianisme judéo-romain autant que Marie, la rêveuse et la contemplative, diffère delà positive et laborieuse Marthe. Le catharisme, en effet, ressemble à la tendre sœur de Lazare, répandant avec des soupirs un parfum sur les pieds du Sauveur qu'elle essuyait avec sa chevelure; et l'odeur de son mystique amour s'évaporait, comme un nard pur, dans tout l'univers.
Les docteurs catholiques de Pamiers demandèrent sans doute aux cathares de quel droit ils retranchaient l'Ancien Testament tout entier et ne conservaient du Nouveau que les écrits de saint Jean. Les johannites durent répondre que l'Église du Paraclet n'est point anti-scripturaire ; que les disciples de l'Esprit avaient au contraire, lorsque l'Église primitive se perdait par l'enseignement oral et traditionnel , revendiqué l'Évangile pour la ramener à la parole et au type du Christ1; que le terme gnostique dont on les honorait alors et dont on les flétrit maintenant, est encore une
1» M. le prof, Reuss, de Strasbourg.
preuve de leur science théologique et l'antithèse du terme de catholique, désignant ce christianisme grossier, vulgaire, matériel, alors hérétique, aujourd'hui orthodoxe, grâce à la barbarie et aux ténèbres de l'Occident1. Les cathares étaient donc essentiellement scripturaires; mais la Loi mosaïque n'étant plus qu'une loi préparatoire, ils la supprimaient comme nécessairement périmée, et d'ailleurs juive ; ils conservaient le Nouveau Testament, en élaguant toutefois tout ce qu'il gardait de judaïque, et le résumaient dans l'évangile de l'apôtre bien-aimé qui, se penchant sur le sein du Sauveur, en avait mieux connu le sentiment immortel.
Les johannites purent à leur tour demander aux catholiques de quel droit ils ajoutaient au Canon hébreu l'indigeste amas des livres apocryphes. D'ailleurs ce canon de l'Ancien et du Nouveau Testament dont les catholiques se vantaient de conserver intégralement la totalité, n'en rendaient-ife pas de fait la conservation nulle, puisqu'ils refusaient la Bible au peuple, tandis que les Albigeois mettaient aux mains des laïques, en langue vulgaire, avec les écrits de saint Jean, la plus pure fleur de la parole de Dieu. Les léonistes seuls conservaient dans toute son intégrité le Canon des Ecritures2 : les cathares n'en gardaient qu'un fragment, mais le plus divin; et les catholiques, en y surajoutant, le dérobaient tout entier au peuple, puisqu'ils le tenaient inviolablement * caché sous le triple voile d'une langue inconnue, de