Lamartine : Médit. L
Michel. Mais ils furent précipités dans l'Abyme. (Apocal., xn.) Nous sommes donc des anges bannis du ciel et précipités sur la terre, à cause de notre révolte avec l'archange rebelle. Manès paraît s'être éloigné de cefte légende antique. Selon lui, il n'y aurait pas eu d'insurrection dans le ciel, séjour de l'éternelle paix. Dieu aurait envoyé les âmes dans ce monde inférieur pour mettre l'ordre et l'harmonie dans la matière discordante et tumultueuse et la dompter comme une bête féroce. Les âmes, d'après cela, seraient des exilées volontairement descendues du ciel pour exécuter le désir de Dieu de soumettre l'anarchique et sombre Hylé. Manès, évidemment, croyait par cette modification du mythe antique avoir trouvé une solution au dualisme persan. Mais les cathares du moyen âge étaient revenus à la tradition universelle, admise par Origène, Justin, Tatien, Cyrille, Synésius, Méthodius, et qui, par Philon, Platon et Pythagore, se rattache aux théogonies rabbiniques, persanes, orientales1. Ainsi le péché, comme un insecte dans une fleur, était éclos dans le ciel. Les cathares reculaient jusque dans l'azur le drame d'Éden. D'après ce poétique et douloureux système, la création est une chute, la vie une expiation et la terre un lieu d'épreuve et de châtiment.
De cette révolution du ciel résulta la création. Milton semble avoir connu cette tradition cosmogonique qu'il transporte dans l'enfer. Il représente les anges déchus se faisant du Tartare une patrie, y con-