‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 286 sur 292 · Vaux- Cerna v. Monita, iRainéris · texte numérisé non relu

Vaux- Cerna v. Monita, iRainéris

purs et les consolateurs pour les jeter dans les flammes. Toulouse, Orléans, Troyes, Vézelai, Paris, fument encore de vos homicides bûchers. Et maintenant, nous le savons, vous projetez l'embrasement d'un peuple, la conflagration de l'Aquitaine. Vous portez dans vos capuces les tonnerres du Vatican.

Rome, en effet, avait tonné. Innocent III venait de lancer une philippique furibonde contre Ramon VI (29 mai). L'abbé de Gîteaux, son légafc, était allé signifier à Toulouse cet ultimatum foudroyant. Arnauld-Amalric, après son message pontifical, rejoint la conférence dont il augmente les tempêtes. Il arrive pour fulminer l'anathème. Le colloque se change en tribunal. Les catholiques vaincus s'érigent en juges et les cathares victorieux tombent au rang d'accusés. Ils sont les révoltés, les justiciables de la théocratie1. Amâlric se lève, comme l'ange du dernier jugement. Il dit : « Au nom du Dieu tout-puissant, de la sainte Eglise romaine , et du bienheureux pontife Innocent, nous vous déclarons hérétiques. Nous vous ôtons le feu et l'eau, l'Eglise et la cité, la terre et le ciel! — Eh, que nous laissez-vous donc? — Le bûcher et l'enfer ! Vous êtes livrés au bras séculier. Le comte de Foix est sommé d'exécuter les sentences du Saint-Siège, sous peine d'être livré, lui, ses peuples et ses terres,, au roi de France.

Le prince bondit sur son trône. — Nous en appelons, dit-il, au pape Innocent. — Nous en appelons, dirent les cathares, au Christ, notre pontife, au Paraclet, notre céleste consolateur. — < Et nous,

î. Voir la condamnation d'Abailard à Sens,

s'écrièrent les barons et les consuls, nous en appelons au jugement de Dieu et de nos épées; à l'épée d'Aïtor, d'Alaric, d'Adcantua; à cette épée victorieuse des Francs, des Arabes et des. Romains. » Et ces glaives agités donnèrent comme une fulguration et un retentissement anticipés des batailles.

Arnauld et les évêques sortirent et se dirigèrent vers la cathédrale. Les cloches convoquaient le peuple à la basilique du Mercadal. Leurs clameurs menaçantes répétaient et répercutaient les colères d'Innocent III. Le Vice-Dieu, pendant les apprêts des conférences, avait lancé sa foudre (29 mai). Mais l'éclair n'éclata que sur leur clôture; il mit un mois à venir du Vatican au Castellar. Les évêques troublés reprirent cœur en respirant la nuée de feu.. Ils tinrent en réserve ce bouquet, cette gerbe de tonnerres. Ils n'eurent qu'à fulminer l'anathème olympien. Ils entrent dans la cathédrale, aujourd'hui élégante et ogivale, alors romane, massive et sombre. Ils éteignent les cierges de l'autel, les lampes du sanctuaire, et l'anathème roule dans l'ombre grossi et multiplié par les échos sourds des voûtes de la vieille basilique carlovingienne comme dans les catacombes de l'enfer. Ces voix effrayantes appelaient la nuit, la mort, la guerre, et toutes les larves de l'Abyme1.

Les légats, suivis des évêques, des moines, d'une plèbe hurlante, la croix en tête, sortent de l'église

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