‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 34 sur 292 · Guill., Neubr., 1. 2, c · texte numérisé non relu

Guill., Neubr., 1. 2, c

portes, se divisent les quartiers, et font main basse sur les habitants. Le peuple est égorgé, les chefs mis aux gibets; ils n'épargnent que les femmes et les Juifs. Au matin, les portes s'ouvrent; Roger et Bernard, l'évêque nouvellement élu, entrent, les pieds dans le sang, et marient aux assassins les filles et les veuves des malheureux morts. Le vicomte et l'évêque, pour se dédommager des frais de ce meurtre immense, imposent à chaque nouveau ménage le tribut annuel de trois livres de poivre» Cette épice fut le prix du sang. Béziers fut repeuplé par ces Espagnols, et c'est d'eux que sortit la génération tragique qui devait, quarante ans plus tard, périr dans le grand massacre de la croisade K Alphonse et Roger n'avaient pas vingt ans, et la responsabilité de ce crime horrible retombe conséquemment sur l'évêque qui, vieillard et apôtre, aurait dû contenir la juvénile et vindicative ardeur guerrière des deux princes adolescents. Bernard est l'ombre hâtive, le fantôme anticipé de cet effroyable Amalric, l'archange exterminateur de Béziers (déc. 1269).

Faisons à chacun sa part du sang répandu. Ce crime, il faut le dire, fut moins l'œuvre de Roger, jeune prince instinctivement doux, libéral et chevaleresque, que de la noblesse qui excita sa vengeance filiale, du roi d'Aragon qui lui prêta sa dague catalane, et de l'évêque qui n'interposa pas sa crosse pastorale. Alphonse II voulait établir dans Béziers un camp aragonais qui relierait le Roussillon à la

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