CHAPITRE V
Le château de Foix, — La maison de Foix. — Les infants de Foix. — Roger, Gécilia et Esclarmonda.
Le château de Foix1 s'élève, dans un amphithéâtre ovale de montagne, sur un trapèze de granit, dont le plateau, semblable à un gigantesque piédestal, supporte, à cent cinquante pieds dans les airs, l'inexpugnable et gracieux donjon féodal. C'est, selon la tradition populaire, une antique roche fatidique, un autel probablement d'Abellio, nom grec si l'on veut, ou phénicien, et que les Ibères donnaient au soleil. Le culte de la lumière'semble encore reconnaissable dans le nom même de Foix (<pwç), que d'autres à la vérité font dériver de la métropole asiatique des Phocéens. Foix serait, dans ce dernier cas, une Phocée cantabre, une sœur de Rhodes, de Samos, de Scyros, d'Abydos, de ces comptoirs massaliotes échelonnés d'un bout à l'autre de l'isthme pyrénéen.
i En latin Fuxum ; en roman Fox, Foish, prononcez Fouch.
Quoi qu'il en soit, cette origine déliaque, qui ne repose que sur des conjectures, conviendrait merveilleusement à ces vieilles tours qui furent au moyen âge un berceau de poètes héroïques, et un foyer de doctrines grecques et orientales. Nous verrons partout à cette époque la religion du Paraclet s'allumer sous un nouveau souffle, des cendres mal éteintes des vieux autels, et des antiques sanctuaires du soleil.
Mais Foix est d'origine ibère, et longtemps avant l'époque grecque et romaine, fut le Pal, la. métropole des chefs des Sotiates, ou Aquitains du Sabartez. Les Sotiates prirent parti pour Sertorius contre Pompée et vainquirent Préconius son lieutenant dans le vallon de Villa-Pétrosa1. Mais vingt ans plus tard, dans ce même cirque bordé de rochers, leur chef Adcantua fut vaincu par le jeune Crassus, lieutenant de César, qui vint assiéger le castelium du Vercingétorix cantabre. Dès lors, Foix ne fut plus qu'un anneau de cette longue chaîne de Castellaria dont les Romains fermèrent, de l'une à l'autre mer, les passages des Pyrénées. Foix resta ibéro-romain jusqu'à l'arrivée des peuples du Nord. Glovis, roi des Francs, convoitait la riche Aquitaine, florissante sous le sceptre habile et paternel des descendants d'Alaric. Les évertues catholiques, impatients de la domination des monarques ariens, appelaient de leurs vœux le Sicambre orthodoxe etbarbare. Volusien, évêque de Tours, fut soupçonné non sans raison d'avoir secrètement offert