Raynouard, sirv. hist
tellement offensé le vindicatif catalan, insulté le roi. outragé le peuple, dans ce que l'homme a de plus sensible, le courage guerrier. Le poète couronné, malgré ces injures, prince d'esprit et de calcul, était resté l'ami spécial du grand Aquitain. On n'abandonnait pas un héros comme Bertran qui pouvait, à l'occasion, devenir un nouveau Gid. Henri II toutefois fut inexorable, Hautefort fut emporté d'assaut, et Bertran, captif sur son donjon écroulé, fut avec ses compagnons conduit au pavillon royal. Le vainqueur le raillait en le menaçant de mort. « Bertran, Bertran, tu disais que tu n'avais jamais eu besoin que de la moitié de ton esprit, mais voici le cas d'user de ton sens tout entier. — Oui, seigneur, répondit Bertran avec calme, et j'ai dit la vérité. — Et, moi, je crois, reprit le prince, que ton sens t'a complètement failli. — Oui, seigneur, le jour où le vaillant jeune roi, votre fils est mort, ce jour-là j'ai perdu le sens, le savoir et la connaissance. Et il entonna son chant funèbre. — A ce chant, à ce nom inattendu, prononcé avec des sanglots, le vieux monarque s'évanouit; quand il revint à lui, il s'écria en pleurant : « En Bertran, c'est à bon droit que vous avez perdu le sens pour mon fils! Il vous aimait mieux qu'homme du monde; et moi, pour l'amour de lui, je vous rends votre personne, votre terre' et votre château, et je vous donne cinq cents marcs d'argent pour les dommages que vous avez reçus. » Et Bertran, tombé aux pieds du vieux roi, se releva plus triomphant. Bientôt après, Henri II mourut (1186) et Richard lui succéda. Mécontent de oui et non, Bertran suscita contre lui Geoffroi, son