‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 56 sur 292 · Miehelet : Bib. de l'Hum. — Quinet : Génie des Rel · texte numérisé non relu

Miehelet : Bib. de l'Hum. — Quinet : Génie des Rel

fusion, à leur merveilleuse efflorescence. Alors aussi la femme est glorifiée, mise survie trône et sur l'autel. Elle devient reine et déesse. On l'élève dans le monde sur un trône d'encens; dans le ciel, sur un trône de vapeurs et de rayons. Or, l'empire d'amour a ses racines cosmogoniques dans le mythe d'Eve.

D'après le dogme mosaïque, Jéhova créa d'abord l'homme androgyne. Adam, chose touchante, est la mère d'Eve qui devait l'être du genre humain. Eve fut tirée, dans une extase, du flanc entr'ouvert d'Adam, et formée d'un fragment arraché de son cœur. Ce viscère fiévreux sera le fonds de son être ; fille d'un déchirement, elle sera plaintive mais infiniment consolatrice, et d'un dévouement merveilleux à soigner les plaies du corps, à cicatricer les blessures du cœur. Née dans un songe, elle sera rêveuse, surexcitera les longs rêves, et volontiers s'élancera par l'extase vers un monde idéal. Dieu ne lui donna point d'autre âme que celle d'Adam. Adam est le chef d'Eve, comme Eve est le cœur d'Adam, «mais la tête domine le cœur. De là, créature complémentaire, plus faible, plus délicate et plus sensible, puisqu'elle n'est pas formée de la terre, mais d'une chair déjà vivante et du foyer même de la vie ; la femme reste néanmoins subordonnée, quoique semblable; inférieure, quoique identique. N'ayant point d'existence propre, elle n'aura point de nom; elle s'absorbera dans l'homme, son origine, et dans la famille, sa fin. Vierge, elle n'a que le nom de son père; épouse, que le nom de son mari. Son nom est II ommesse. Le serpent seul lui dira : Déesse ! Telle est la solide base

que donne à la famille humaine le mythe mosaïque1.

D'après le mythe platonicien, l'époux et l'épouse, sont deux Esprits égaux, indépendants, unis déjà dans le ciel, et tombés, d'astres en astres, dans l'exil de la terre, et pris comme l'oiseau dans les pièges de la chair. L'Eve cathare est donc moins terrestre, moins charnelle encore que l'Eve biblique. D'origine tout éthérée, elle sera moins épouse, moins mère et manquera de sang et d'entrailles. Mais distincte, indépendante, ayant sa valeur propre, elle aura plus d'activité, sur un champ plus vaste, dans un horizon plus éclatant. Elle héritera, possédera, sera baronne et prêtresse, présidente des cours d'amour, archidiaconesse du Paraclet. Au lieu de la navette et du fuseau, elle tiendra la plume, le lyre, le sceptre. Reine des cœurs, déesse des songes, elle siégera sur un trône de soupirs et d'encens. De là, dans le mariage, peu de stabilité, divorce fréquent, dualité continue, car l'époux qui possède le corps, possède rarement le cœur. Il existe un époux de l'âme dans un rêve. Le mariage physique n'est qu'un triste devoir, ses baisers presqu'une souillure. Toute la gloire est au pur amour. L'Eve platonique est donc sur le trône, presque sur l'autel. Domina, elle aura la domination, elle sera dame et maîtresse, magistrat. Bien plus, elle sera adorée, comme une chose céleste, et tandis que l'épouse juive reste sujette, et ne sera jamais que hommesse, la nymphe grecque, selon la promesse du serpent, monte au rang de

Page 1