Fauriel, poésie provençale
fonde sur un arrêt antérieur d'Éléonore de Poitiers. Voici cet arrêt singulier : un chevalier aimait une dame éprise d'un autre amour, mais trouvant en lui tant de perfection, elle commit l'imprudence de l'agréer, pour le cas éventuel où elle viendrait à perdre son chevalier. Bientôt après elle épousa ce baron et l'autre alors de réclamer auprès d'elle son serment. Elle affirma ne rien devoir, puisqu'au lieu d'avoir perdu son amant, elle l'avait pour mari. Le chevalier fit appel au tribunal d'amour, et la reine Éléonore, sa présidente, condamna la dame à tenir son serment, car elle avait réellement perdu son servant en le prenant pour mari. L'époux était vivant, mais l'amant était mort. Deux [choses se perdaient irrévocablement par le mariage'; l'amour et la poésie1.
Les poètes et les romanciers ont tiré de ce droit anticonjugal des effets d'une délicatesse pathétique. Gérard de Roussillon voit son amante devenir impératrice en épousant Charles Martel. Le paladin se résigne à prendre pour femme la sœur de la reine qu'il aime toujours et qu'il est heureux de voir élevée au rang suprême. Le héros et son amante couronnée, après leurs mariages respectifs et simultanés, vont se séparer indéfiniment, elle pour se rendre auprès du roi Charles, lui, dans son comté du Roussillon. Mais les deux fidèles d'amour, ne se quitteront pas sans confirmer leur hymen mystique, l'éternelle union des cœurs par un rite solennel.
« Le lendemain, au' lever du jour, dit le poète,