Gai. Christ., t. T. — Thrés. des Charles
le Midi les plus sanglantes représailles. Par là prit fia la nonciature de ce fatal légat, qui après avoir, par le traité de Paris, scellé l'asservissement des cités romanes, les livra, enchaînées et mourantes, à l'inquisition. A ce fléau, il faut en ajouter un second. La croisade qu'il avait amenée du Nord avait détruit jusqu'aux semences de la terre ; il en résulta, l'année suivante, une famine : ce fut le dernier adieu du cardinal Romain de Saint- Ange *.
Le légat, se détournant de la route d'Italie ,^vait remonté le Rhône, pour tenir le concile d'Orange. Deux choses le retinrent quelques instants au pied des Alpes. Il acheva la réorganisation du marquisat de Provence, détaché de Toulouse, et rattacha définitivement au Saint-Siège cette épave magnifique de la croisade. A cette question territoriale se joignait une question ecclésiastique et religieuse. La Proyence était le berceau des Vaudois. C'est du Val-Gyr que, cent ans auparavant, était sorti l'impétueux Pierre de Brueys. Ses disciples existent encore dans les vallées de la Drôme et de la Durance. Leurs églises également se retrouvent éparses dans tout le Midi. L'inquisition les signale iPamiers, Albi, Montauban, dans les plaines de Toulouse et de Carcassonne. Ils sont partout mêlés aux Albigeois. Seulement les Albigeois chevaleresques sont dans les châteaux , les Vaudois républicains dans les cités. Ils se partagent les ateliers et les cabanes. Cathares et léonistes, divisés sur la doctrine, s'accordent sur la politique et s'unissent dans
i. OulL de Pull., ch. xl.
les consulats romans. Le fier légat, après Técrasement des Albioreois, voulut probablement balayer les Vaudois moins odieux, et dut charger Aymar de Poitiers, lieutenant du Saint-Siège, de mettre le pied sur cette ruche importune plutôt que redoutée d'abeilles bibliques des Alpes. Puis il continua sa route par la plage ligurienne, et rentra dans Rome comme le pacificateur des Gaules. Grégoire IX l'accueillit comme le vainqueur de l'insurrection la plus vivace, la plus tragique et qui avait usé dix légats, vingt croisades et un million d'hommes armés. L'heureux et superbe proconsul y triompha de l'Orient et de l'Occident, du catharisme dont l'extermination, sans loyauté comme sans merci, accusera sa mémoire jusqu'à la fin des siècles, et du léouisme, qui, renaissant dans le calvinisme plus vigoureux, et survivant à six cents ans de martyre, s'assied tranquillement aujourd'hui en face du Vatican, et regarde avec pitié, du haut du Capitole, la honteuse, la tardive, mais incomparable ruine de la théocratie romaine.
Foulques, évoque de Toulouse, de retour dans sa métropole, convoqua les condamnés, dans la chapelle de Saint-Jacques. C'était un oratoire construit dans le cloître Saint-Étienne avec les débris d'un temple romain. Des colonnes de marbra noir antique en supportaient la voûte romane sur des chapiteaux sculptés de feuilles d'olivier, symboles d'une paix funèbre*, L'évêque, du haut de la
1. Cette chapelle a été démolie en 1812. Du Mège, HisL des imt. d$ Toulouse, 1. 1, ch. iv.
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chaire, lut les sentences du légat. Elles produisirent un tumulte immense d'exaspération mêlée d'horreur et d'effroi. Les prévisions du cardinal se réalisèrent, les traîtres furent soupçonnés; la délation arma le meurtre. Guilhem del Soler dut se cacher dans les antres de Tinquisition ; mais plusieurs de ses complices tombèrent sous le poignard; la plus illustre de ces victimes fut André de Chauvet, sénéchal de Toulouse, ennemi acharné de la puissante maison d'Âniort * .
Aniortest situé dans les Pyrénées, vers la source de l'Aude, sur les confins de la Cerdagne. Vers l'an 1000, Pierre, fils d'Impéria, rendit hommage pour ce château à Bernard, comte de Carcassonne. Deux siècles plus tard,Gérald, son descendant, était seigneur d'Aniort, de Castelport, de Roquefeuil, de Rocan, de Doma et d'autres terres éparses dans le Rasez et le Lauragais. Gérald d'Aniort épousa Esclarmonda de Laurac, sœur d*Améric, châtelain de Montréal, et de Géralda, dame de Lavaur, si fameux par leur fin tragique. Niobé pyrénéenne, Blanca de Laurac, leur vieille mère infortunée, était destinée à voir, par la croisade et l'inquisi: tion, Améric, son fils, pendu â un gibet; ses filles, Géralda, jetée vivante dans un puits; Mabilia, ▼ierge cathare, morte probablement dans un bûdier; Esclarmonda, dépouillée de ses châteaux ; ses petits-fils dispersés dans les combats, dans les prions, dans les déserts ; ses manoirs détruits, sa ville démantelée et toute sa race exterminée par le
1« Doat. Procédures de la maison d'Aniort.
roi de France- Salaire lamentable de son héroïque dévouement à la foi cathare et à la patrie romane.
Gérald et Esclarmonda d'Aniort, après de longues guerres, finirent par conclure une trêve avec Montfort, le meurtrier de leur maison. Le fanatique chef de la croisade, non content de leur soumission, eût encore voulu, pour la consolider, obtenir d'eux Toblation d'un de leurs enfants à l'Église romaine- Gérald éluda constamment l'invitation de son terrible vainqueur qui ne putjamais dompter la douleur farouche de Taltière Esclarmonda. II y eut toujours entre la fière matrone et l'assassin de sa race, le puits sanglant et les gibets funèbres de Lavaur. Mère féconde, elle avait donné, entre autres enfants, quatre fils à son époux; elle les éleva sous le toit dépeuplé de Laurac, sur les genoux de Blanca, leur aïeule, et de leur tante Mabilia. Tune veuve revêtue et l'autre vierge couronnée^ de l'Église du Paraclet. Gomme une lionne blessée, elle les nourrit de son lait et de son sang, de sa foi cathare, des douleurs de sa race, des vengeances de sa patrie, des horreurs de la croisade, et dès qu'ils furent d'âge chevaleresque, elle les lança dans les combats. Nés avec le siècle, ils étaient adolescents, lors de la chute des Montfort et du relèvement du Midi, et sa délivrance et son triomphe furent les premiers exploits de leur imberbe héroïsme.
Bernard-Othon *, le plus brillant des fils de Gérald, devint par la mort de son père« comme le