Carte géographique du Tarn, par Villemin
donc yaguement, et grondait comme Torage dans l'immense et- sinistre forêt de la Grésigne. Le vioomte Jordan de Saint-Antonin fut le troubadour de ce camp de F Albigeois septentrional, dont la prophétesse fut la vicomtesse Aladais de Penne.
Bernard et Olivier, ayant reconquis leur manoir paternel, allèrent sans doute chercher leur mère à Montségur. Après dix ans d'exil, elle revit son poétique donjon, son fleuve murmurant, sa gracieuse vallée de l'Aveyron. Elle y retrouva le charmant vicomte tant aimé, revenu comme elle de l'exil, de la guerre et presque de la mort. Le tendre poète chantait encore la douce chose qui^ dans les brumes de t hiver ^ lui faisait voir fleurir les roses et entendre la mélodie des oiseaux. Mais le cœur d'Aladaïs était blessé d'un autre amour : le Christ était son amant céleste, et sa poésie divine, le Paraclet. Elle dit adieu à ses fils, au noble vicomte, aux pompes chevaleresques. Le poëte qui voulait encore la retenir dans le monde la suivit probablement dans la solitude : les troubadours vieillis et blasés finissaient tous par le cloître ; Jordan se retira pour y mourir dans un rocher * . Les grottes de Bruniquel furent les cloîtres sauvages où la tendre Aladaïs s'établit en compagnie d'Obisca de Gaussade, et d'Escarona de Rabastens. Les matrones albigeoises, veuves volontaires d'époux encore vivants, dénouaient, d'un consentement mutuel, le lien conjugal, et mettaient quelques jours de vieillesse ascétique entre le monde et le ciel. La Noire-