‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 188 sur 506 · Math. Paris · texte numérisé non relu

Math. Paris

d'être la servante, rapace à Toulouse, du Vatican, et fa rivale , victorieuse à Bouvines , de l'AUemagne. Il revenait d'Orient, où il avait montré, dans Jérusalem et jusque dans la mosquée d'Omar, un sultan philosophe de l'Occident*. De sorte que le traité de Paris avait été conclu, et le comte de Toulouse odieusement spolié , par Blanche de Castille et Romain de Saint- Ange, pendant que ses deux protecteurs naturels, le roi d'Aragon et l'empereur d'Allemagne, étaient occupés aux guerres musulmanes. Toutes ses sympathies d'homme et de prince l'attiraient vers le comte Ramon, représentant comme lui de l'esprit nouveau, du génie poétique et chevaleresque, sans parler de l'antagonisme impérial contre la théocratie romaine. Peut-être aussi étaient -ils instinctivement unis par le pressentiment funèbre de la tragique destinée des deux maisons de Toulouse et de Souabe dévorées par la dynastie de France, au service des rancunes inexorables de Rome. La Provence usurpée par le pape devint un pépin de cette pomme de discorde qui divisait le Pontife et le César ; Frédéric, roi de la Provence Trans-Rhodane, fit gracieusement cession à Ramon VU du comtat Venaissin, et de la noble cité d'Avignon, cession qui devait être pour la ville mutilée une consolation de la perte de ses murailles, et pour le prince une compensation du

1. Makriziy Biblioth. des Croisades. 4« part. Petit, chauve, et myope, ce César de l'Occident, comme esclave, n'eût pas vain deuxceats drachmes, disaient les Arabes.

louse, les Othon de Bazièges, les Hugo, Jean et Ramon d'Alfar. C'était une menace indirecte contre la France, et une déclaration de guerre contre Ramon- Berenger qui vint attaquer les Marseillais. Ramon VII accourut à leur secours, tint bravement la campagne, et la bannière de Toulouse, si humiliée naguère, flotta fièrement sous le ciel provençal. Cette guerre, vigoureusement soutenue, amena d'autres adhésions: Tarascon imita Marseille (1231) et Guilhem fils d*Augier vint, au nom du comte, traiter dans cette ville avec le consul Hugo Galtieret le conseiller Alfantat de Tarascon * . C'était la victoire du parti populaire, du fonds ibérien de la nation, de l'élément vaincu et traîné par l'aristocratie latine, dans une procession catholique, sous le symbole monstrueux de la Tar-asque'. Ce dragon ibère est sans doute l'image de la race avilie, et delà religion abolie et hideusement ridiculisée, des fondateurs de Tarascon. Quoi qu'il en soit, la bannière de Toulouse ondula joyeusement aux brises du Rhône, subitement relevée, en face de Tauriflor de France, arborée sinistreraent, de l'autre côté du fleuve, sur le rocher de Beaucaire. Le don d'Avignon, fait par l'empereur Frédéric II, vint compléter trois ans après cette belle annexion des cités provençales.

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