‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 196 sur 506 · Doat, xxn · texte numérisé non relu

Doat, xxn

ferme le tabernable vivant du Paradet. II est efiectivement la sentinelle vigilante ou plutôt le concierge armé du grand asile pyrénéen. Âuss^ ne le voit-on pas figurer avec ses compagnons dans les batailles du Midi. Son nom n'est point dans les chroniques; il n'est point dans les chants des troubadours, il n'est point dans l'épopée de Guilhem de Tudella, le chantre officiel des comtes de Foix. Quand tous combattent et meurent, où donc est le pieux, le généreux Ramon de Pérelha ? Sa guerre est sur la montagne ; mais on craint de prononcer son nom, comme celui de Montségur ; son combat solitaire, comme le sanctuaire de l'Esprit, est voilé de silence et de nuée. •

Quelques événements se dessinent pourtant dansée lointain vague et nébuleux. Retraçons*les sommairement. Après la chute de Carcassonne, Ramon de Pérelha vit accourir auprès de lui les habitants fugitifs de cette cité, des familles éperdues du Rasez et du Lauragais, entre autres les chevaliers de Limons, de Fanjaus et de Mirepois. Les femmes, les enfants, les vieillards furent recueillis à Montségur, mais les hommes d'armes s'arrêtèrent à Lavelanet, Belestar, Montferrier, qui formaient avec Pérelha et la Roca, au pied de la montagne sainte, comme un demi-cercle de châteaux hérissés de tours, de balistes et d'archers. Ces châteaux, moins forts par l'escarpement de leurs sites que par le courage de leurs défenseurs, se maintinrent pendant trois ans contre les Français. Mais en 1212, Gui deMontfort, frère du chef de la croisade, Ënguerrand de Boves, Robert, archevêque de Rouen, Robert, évêque élu

de Laon, et Guillaume, archidiacre de Paris, vinrent de Carcassonne, et se jetèrent sur le pays d'Olmès. Lavelanet, cette fois, fut emporté d'assaut : sa chute fit tomber les autres châteaux : leurs défenseurs les incendièrent et se replièrent sur MontséguT, avec leur chef Ramon de Pérelha. Les croisés en dispersèrent les ruines fumantes, et suivirent pied à pied les chevaliers pyrénéens pour assiéger la citadelle patriotique assise dans les nuées *.

Gui de Montfort, maître de Lavelanet, déploya son ost comme un filet, de Montferrier à Belestar, et ferma les gorges de ÏErs et du Leclorier, de sorte que la montagne de Montségur se trouva cernée à sa base, au nord, au levant et au couchant. Mais elle respirait par le sud, et pour défendre la forteresse albigeoise, remplie dé leurs femmes, de leurs enfants et de leurs vieillards, d'autres chevaliers accoururent soit par le vallon de la Fragosa (Fraou) qui descend de la Gerdagne, soit par les gouffres druidiques dont les ravins, avec le ruisseau de Pissa-Vacca, tombent, près de Lordat, dans la vallée de l'Ariége. Noos pouvons connaître ces guerriers : ce sont.sans doute les parents de Ramon de Pérelha. Le seigneur de Montségur, dans les plus grandes tribulations de la croisade, avait épousé dona Gorba de Lantar. La guerre et la spoliation lui amenèrent sa fiancée : hymen mélancolique dont l'exil fut le lit nuptial et qui n'eut d'autres flambeaux au désert que les flammes et les clartés mystiques du Parais Kerre de Vaux-Gernay, ch. lxiii, page 21. Par une erreur de copiste, Lavelanet dans sa chronique est appelé Ananclet.

det. Gorba signifie corneille, nom lugubre, mais d'un augure religieux et prophétique. Gorba descendait de cette héroïque et touchante Lampagie, fille d'Eudes, duc d'Aquitaine, mariée à Munuzza» un chef révolté des Maures de l'Èbre, et qui vaincue dans une bataille en Aragon, et prise auprès d'une cascade dans les Pyrénées, fut conduite, tenant la tête de son époux, auprès d'Abdérame, et envoyée, par cet émir vainqueur, comme un don inestimable de douleur et de beauté, dans les harems du calife de Damas. Jordan Hunold de Lantar, père de Gorba, comptait parmi ses ancêtres les glorieux ducs d'Aquitaine, et ce magnanime et infortuné Gaïfier, héros et martyr de la nationalité ibéro-romane au viii* siècle*. Ramon de Pérelha, en épousant Cotba, retrempait son inimitié de la France dans une antique haine carlovingienne. Marquésa de Marcafaba, mère de Gorba, était la sœur de Bernard de Marcafaba, beaufrère du comte de Foix, d'Amauld de Villamur, seigneur de Saverdun, et d'Amiel de Palhers. Il ne leur restait de leurs nombreux domaines que le pau« vreljourg de Saint-PaouldeJarrats, ou des Fontaines, voisin de Foix. Gorba, par sa mère, était donc une fille des Pyrénées -et son origine explique sa retraite à Montségur, avec ses parents expulsés du LantaraisBt du Toulousain. La jeune faidite devint dame d'un camp de bannis et n'apportait à son époux qu'une dot funèbre mais glorieuse de martyres patriotiques. Elle lui donna un fils et quatre filles nés dans les déserts du Thabor . Le fils reçut le

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