‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 209 sur 506 · LIVRE OUATRIÈUE · texte numérisé non relu

LIVRE OUATRIÈUE

d'autres ministres de divers rangs. Ramon de Pérelha, après quelques instants de repos, prit la tête du cortège sacerdotal que lui remirent les seigneurs du Lauragais ; mais soit déférence , soit crainte de quelques dangers, appréhension peut-être d'une embuscade des moines de Galers, ou de Mancip de Gaillac , mal disposé pour les kérétiqwê, ces seigneurs, au lieu de se retirer, voulurent accompagner les évoques jusque sur les terres entièrement sûres du comte de Foix. Ils remontèrent, le long du bois, la rive droite du ruisseau de Galers, passèrent sous le mur de clôture du jardin du monastère, et tournèrent au sud de Gaillac. Arrivés là, au lieu de s'engager directement dans les collines d'où naguère Ramon de Pérelha était descendu, trajet probablement trop difficile à exécuter pendant la nuit, ils firent un détour vers Touest, et suivirent le chemin montueux qui, entre deux haies de nerpruns rabougris, conduit encore de nos jours vers Saint- Ybars. Le souffle des Pyrénées, glacial même sous la canicule, joint à l'humidité des bois, saisit sur ces hautes crêtes lé frêle Guilhabert débilité par l'âge et les austérités. Gelé sur son cheval, et frissonnant à l'air nocturne, le vieillard dut chercher un abri. Du plateau de Saint- Ybars, hérissé de tours, il descendit le versant occidental du coteau où , sous le manoir féodal , le bourg est abruptement jeté. Citoyens de Toulouse, les seigneurs de Saint- Ybars furent vingt fois revêtus par le peuple de la robe rouge des consuls. Ces barons du Capitale eurent à soutenir d'ardentes luttes civiques contre les évêques et les inquisiteurs. Ils

étaient albigeois comme leurs vassaux. Toutefois Guilhabert ne vint pas s'abriter dans leurs murs; mais descendant jusqu'à la Lèze, et traversant, audessous de Sainte-Suzanne, le torrent à demi desséché, le vieillard transi vint se réchauflfer au château de Massabrac*.

C'est un chàtelet qu'il faut distinguer d'un autre manoir de Massabrac, voisin de Lavelanet qui, donné aux moines par Montfort, reçut le nom de Bénazit, et s'app^îlle aujourd'hui Benaïs. Ils* appartenaient sans doute à deux branches d'une même race pyrénéenne, dévouées l'une et l'autre au catharisme. Le châtelain réveillé en sursaut au milieu de la nuit, recueillit pieusement le sacerdoce fugitif et les nobles faidits qui se réchauffèrent et se reposèrent avec leurs chevaux dans son manoir fraternel. Ce manoir n'existe plus, la charrue a labouré le mamelon où s'élevait, au pied du coteau, son étroite et rustique enceinte crénelée; il nous a été donné, après six cents ans, de voir, soulevée par le soc, la cendre noire du foyer où se ranima Guilhabert de Castres. A l'aube Isam de Fanjaus, Ramon de Rabat et Pierre de MazeroUes prirent congé de Tévêque, et rentrèrent dans le Terrefort pour regagner, de lande en lande, le Lauragais.

LeseigneurdeMassabracse jointaux compagnon^

1. Doat, xxn, Interrogatoire de Ramoh de Pérelha. Une tuilerie marque aujourd'hui le point où la route moderne coupe le vieux chemin suivi par Guilhabert. Le nom de Massabrac, qui semble arabe, est encore porté par un notaire

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de Ramon de Pérelha et le jortége continua lente^ ment sa marche vers la moutagne dont l'arête rocailleuse échancre au sud-est l'horizon bruni de forêts. Il laisse à droite, sur lahauteuf, le Castellar lie Carlafi des comtes de Foix et se dirif^e vers la

gorge d'oà la Lèze sort des rochers et des bois que domine, de sa berge abrupte, le gracieux donjon de |*al-hers. Ce manoir est, comme son nom Tindique, le Pal ou demeure fortiiico d'un chef ibérogothique *, anct»tre des Villemur, dont le domaine comprend tout ce versant des collines et confine au territoire de Montagut, possession de Loup de Foii. Bernard-Amiel de Palhers était frère de (iuiihem, seigneur de Marquefave, d'Arnaud de Vil* lemur, seigneur de Saverdun , et de Marqueza de Lantar, belle-mère de Ramon de Pérelha. 11 figure dans l'épopée nationale pour avoir combattu, à oAté de Roger-Bernard de Foix, à la bataille de Baziége^et au dernier siège de Toulouse où il défendit la barbacane de las Crozas ^. Les évêques visitèrent sans doute en passant ce vaillant chef féodal, uu héros de la délivrance romane, un patron de l'église du Paraclet. Amiel vivait en baron pyrénéen, enprinceguerrier et pastoral, entouré de bercaiU et de haras. L'hiver, ses troupeaux de brebis, de génisses et de cavalles paissaient la bruyère et le

de Pamiers. Les Faure de Massabrac embrassèi^nt le protestantisme au xvi« siècle. Mais ces Massabrac protestants descendent-ils des Massabrac Albigeois ?

1. Palum-heri, la maison du Maître : la limite du ûeî au scHnmet dea coteaux, s'appelle encore le cap del Pal»

^ Guil. de Tudella.

èU LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

genêt épineux dans les ravins profonds que domine son castel ; l'été, ils remontaient vers les sources de l'Ariége, dont il voyait du haut de ses tours, les cimes neigeuses, sous un ciel de feu. Les Villemur avaient la passion des ours ; les bergers, quand ils redescendaient en automne, devaient offrir à leurs maîtres des oursons sains et gaillards qu'ils élevaient comme des chiens dans les cours et les vestibules de leurs manoirs ^ Insensiblement, et sous la discipline de l'inquisition, ils contractèrent les mœurs de ces féroces animaux. Au xvi® siècle, Biaise de Villemur, émule de Biaise de Montluc, fut la panthère catholique du pays de Foix. Ces barons avaient transporté la chapelle du village au pied de leur donjon pour que leurs vassaux vinssent y prier le Dieu de Montfort et de saint Dominique. Leur race s'éteignit dans celle de Maulezun, dont récusson décore de ses emblèmes héraldiques le portail de l'église et du château : le lion et le dragon, deux symboles du génie du mal, ont remplacé la colonibe du Paraclet qui couva dans le manoir cathare les premières générations des Villemur*. Mais l'Esprit a vaincu le lion et le dragon, etce ne sont plus que les spectres de cuivre et de pierre d'un âge barbare. Aujourd'hui, le pigeon roucoule dans les meurtrières des tours; le paon superbe erre autour des murailles avec son compagnon rustique, le coq des Gaules, dont la fierté plébéienne

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