M. Adolphe Garrigou
2. Le château actuel est du xvi« siècle, et son plus vieux souvenir c'est Henri IV.
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ne s'incline pas d'un cheveu devant le chaperon d'émeraudes et l'éventail étoile de saphirs de ce Maharajah déchu de l'Inde. Le lévrier -caressant annonce rhospitaUté du manoir baronnial à l'antiquaire démocrate qu'attirent les grandes mémoires oubliées da chevaleresque Amiel et du vénérable Guillabert, le saint pontife du Paraclet. Et l'historien populaire salue avec respect l'élégant donjon délabré, qui s'isole mélancoliquement sur sa hauteur féodale, et qui semble, dans le deuil de son passé tragique, se dérober derrière son bocage gracieux et funèbre de chênes, de cytises et de cyprès.
Le vieux châtelain de Palhers se joignit à son nevea le seigneur de Montségur : ils s'engagèrent dans la gorge boisée de la Lèza dont ils remontèrent la rive droite jusqu'à Montagut. Devant ce manoir, ils retrouvèrent la route parcourue la veillie en sens inverse, et leur noble hôte qui les attendait, le valeureux Loup de Foix. C'est par honneur, car les chemins étaient sans danger désormais, que Loup et Àmiel escortèrent les é?èques albigeois, jusqu'au passage de l'Âriége. k SaintJean- des- Verges, Ramon de Pérelha trouva d'autres amis, le seigneur de Malleo (Mauléon), fils d* Amiel de Palhers *, et les chevaliers d'Arvigna et de Vergnolas , qui ne devaient plus quitter les pieux voyageurs jusqu'à Montségur.
Noos avons suivi pas à pas la marche du sacer-
1. Les Mauléon de TAriége seraient donc une branche ^es Villemur? La femme d'Amicl devaitpétre, de son chef, ^ame de Malleo, près de Pamiera.
doce cathare , depuis le Lauragais , les pays des labours^ à travers le Podaguez, le pays des monfteules^ de Sainte-Gabelle à Saint-Jean-des-Verges, jusqu'à rAcarnaguez, le pays des montagnes^ dont ils vont chercher, par les râlions solitaires de rUerm, Textrémité méridionale, sur la cime de Montségur. Nous avons marqué avec un amour filial, avec une religieuse fidélité, le chemin, le trajet, les haltes, les manoirs amis, les races hospitalières, les gardes dévoués et courageux. Car ce voyage est une date solennelle de cette histoire; c'est une marche fiinèbre dont le terme est un tombeau. Ces pâles pèlerins vont tranquillement à la mort : ils montent au supplice; ils s'élèvent au martyre. Nul ne redescendra de Montségur que pour les bûchers de Toulouse ou les basses-fosses de Carcassonne ; et ceux qui n'en redescendront pas, ne trouveront sur cette cime du Thabor qu'une lente agonie, un sépulcre ignoré, ou un holocauste éclatant et colossal. Voilà pourquoi Thistorien se met pieusement à la suite de cette procession lugubre, et gravit en soupirant la voie douloureuse de ce calvaire pyrénéen. Ces hommes méritent ce religieux et funèbre hommage. Ils sont non-seulement nos aïeux, mais des saints, des confesseurs, de grands citoyens : ces chevaliers, malgré leurs défauts, sont les défenseurs de la patrie ; ces prêtres, malgré leurs erreurs, sont les martyrs dé"rE8prit, et leur vénérable patriarche, Guilhabert de Castres, est l'Oint du Paraclet.
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NIIBUSKT DE CA6TAES. — AIHIVÉE A MOMTSÉGUR. — DEMANDE D0 CHArUO A aAMOX DE PBRBLHA. — LE eACERDOCE CATHARE ONE SECONDE rai ETABLI SUft LE THABOR PTREHÉEN.
Guilhabert, quatrième évoque cathare de Touloase, chef de ce sacerdoce fugitif , était de l'antique maison des seigneurs de Castres dépossédés par le loi de France. Le monarque avait donné Castres^ leurmétropole, Roquecourbe, Burlats, leurs bourgs, lears chàteauz et leurs immenses domaines à Philippe de Montfort, fils de Gui, tué devant Varilles, dont ces proscrits apercevaient en passant les tours vengeresses sur la rive droite de l'Ariége. Cette vieille race albigeoise, amie des rois d'Aragon, dé- Tonée aux vicomtes de Carcassonne, alliée à la maison vicomtale de Saissac et de Fenouillèdes ^ et maintenant dépouillée comme elle et faidite sur les âmes des Pyrénées, restait encore à la tête de Tordre religieux. Pendant que Bernard de Castres, son chef, errait à la suite de l'orphelin de Carcassonne, dans les bercails de la frontière catalane, et que d'autres chevaliers de sa maison n'avaient d'autre abri que les forêts de la Montagne-Noire, l'église du Paraclet, dont ils étaient les gardiens farouches, avaient pour pacifiques et miséricordieux pasteurs, Guilhabert son grand évoque, Isarn son frère, diacre,
!• Biograph. du troubadour Ramon de Mira val.
et leurs scpurs Orbria et N., diaconesses. Le catharisme en quelque sorte portait leur nom, tant il avait jeté des racines profondes dans leur ccBur, dans leur cité et dans le sol albigeois : c'était comme un domaine religieux qui les consolait de la perte de leur domaine territorial; et Guilhabert était par son âge, par son œuvre et par son autorité, le patriarche de la Corwo/arton d'Aquitaine. Son apostolat, qui s'ouvre historiquement avec le siècle, s'était illustré par trois œuvres éclatantes : la conversion d'Esclarmonde et des princes de la maison de Foix, qui assurait à la cause des Purs ses plus héroïques défenseurs ; la fondation de Montségur, dont le rocher fut l'écueil de la croisade et le pivot de la résistance et de la victoire romane ; enfin, la formation du camp de Gastelbonoù sabénédiction cimenta la conjuration des princes exilés à la tête desquels il redescendit des Pyrénées par le port de Salao, rentra dans Toulouse à côté de Ramon VI , et tint jusqu'au bout la campagne avec les barons, se mêlant, pontife pacifique, au choc des lances et au tumulte des batailles. Ce grand vieillard soutenant par sa présence, enflammant par sa parole l'enthousiasme du patriotisme pyrénéen , contribua puissamment au trépas de Simon , à la défaite d'Amauri , à l'expulsion des hordes du nord. Guilhabert fut le héros sacerdotal, et comme l'ange du Paraclet, dans cette miraculeuse délivrance du Midi qui de nouveau succomba, hélas, écrasé dans sa victoire par le roi de France. Et maintenant, après la plus magnanime lutte et la plus infortunée, l'évêque septuagénaire ramenait une