LIVRE CINQUIÈME
Lumière, c'est-à-dire sainteté et intelligence ; pauvreté, c'est-à-dire indépendance et sacrifice. C'était le programme opposé à celui de Rome, riche,. mondaine, sensuelle, tyrannique, et qui s'enveloppait de ténèbres. Les Albigeois sont les types des ordres mendiants que Rome créa pour remplacer les cathares qu'elle exterminait ou qu'elle rattachait dénaturés à sa théocratie. Les Amis de Dieu ne possédaient rien • Ils vivaient comme les cigales et les abeilles, leurs symboles. Ses fruits, des herbes, des racines crues ou cuites à l'eau, voilà la plus succulente nourriture des parfaits. Mais les croyants, hommes toujours à cheval, toujours en course et en guerre , quoique sobres , mangeaient comme des lions. Il fallait nourrir, vêtir, équiper les servants d'armes du château, entretenir les cent chevaliers compagnons de Ramon de Perella et faire vivre les cinq ou six cents femmes, enfants, vieillards, réfugiés dans ce val désert. Il y avait donc un trésor commun à Montségur ^
Mais comment s'alimentait le trésor albigeois? Le comte de Toulouse, abattu et garrotté par le traité de Paris, était rongé jusqu'aux os par le roi de France et les légats de Rome. Mais le comte de Foix, malgré vingt ans de croisade, était riche encore, puisqu'il achetait, du vicomte de Narbonne, en épousant sa fille aînée, et en payant la dot de la seconde, le droit fantastiquement éventuel de succéder à la maison espagnole de Lara. Il était le suzerain direct de Montségar ; le patron affectueux