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obéissent dans leurs variations aux exigences de leur siècle. C'est à l'immuable histoire de rétablir la figure originelle du grand et fanatique missionnaire castillan. L'histoire romtemporaine ne le signale, ni comme unange de douceur ni comme un démon de cruauté. Dominique, meilleur que son temps, sera, ai l'on veut, l'ange de la croisade; mais on l'a pris, ;\ tort peut-être, pour l'ange exterminateur, par.'^e que, au lieu de faire entendre, comme il l'aurait dû, la voix de la miséricorde, et se jeter entre les glaives cl les victimes, le sombre Espagnol marche muet, itnpassible, indiscernable dans la poussière des batailles et dans la vapeur des massacres. Que dirons-nous encore? L'ange sinistre, dans une heure d'amour, embrasse la croisade; sous ce baiser, la fille de l'enfer conçut le fruit qu'elle porta dans ses entrailles d'airain, c'est l'inquisition. Elle l'enfanta dans les ruines fumantes du midi; elle allaila le jeune monstre de sang humain ; elle le nourrit de larmes des vivants, et de la chair des morts, mais ses délices étaient la cendre des sépulcres. Il pensait sans doute, en se repaissant de cette poudre naguère animée, dévorer l'esprit humain lui-môme, et peut-être, qui le sait, dévorer Dieu.
Maintenant continuons notre récit. La victoire du Midi fut un temps d'éclipsé et d'infortune pour l'ordre dominicain. L'année même de la mort de Dominique, le comte Ramon-Roger de Foix ramena les fils de Bélisson à Mirepois ■ dont il expulsa le Maréchal. Pierre -Roger de Mirepois leur chef, reconduisit dans sa chàtellenie son frère
Isarn. Isarn, rentré dans Fanjaus avec^ tiiares , rétablit les seigneurs de Proni parents, dans leur manoir, d'oi"! les mfl| talent enfuis dans le camp vaincu de Mond légendes ont défiguré cette histoire : Dond son départ, aurait laissé le couvent de Prflj garde du frère Claret qui l'aurait conservé)! réaction violente et vengeresse du Midi. Ii^ compter que les Claret étaient Albigeois, ^ croire que les enfants d'Isarn et de Ga| Prouille, qui, proscrits et dépossédés d( ans, sortaient, affamés et furieux, des foi champs de bataille, auraient laissé à d( ravisseurs leur domaine paternel '. Et i croire encore qu'Isarn de Fanjaus rentr^ ville avec les Cathares ef\t laissé, au picdd tagne, à deux jets de baiiste de son do] moines odieux, provocateurs ce lacroisj dettes avancées de l'ost de Monlfort. C sible, et Prouille, comme tous les chi midi, rouvrit avec enthousiasme ses ses légitimes seigneurs. Il en fut certaii même à Toulouse; l'ordre sortit de avec l'iufidèle Cellani, de la ville, aveo expulsé, et du Midi avec les da-niers croi
). Le premier prieur Je Prouille fut frère Rail coLni.fi-ÈreNoôl. IL n'y a point déplaça pour le £i Ja medoutaisquece l'cùre Claret élait un mythaJ de mon soupçonàM. Mouliniès, le savant arcbln grapho de la préfecture de Carcatsonne. 11 coaj mes VAUX, la chroniiine des prieur* Je PHWlUt se trouva vraii".
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panant le cadavre de SiraoQ de Moatfort. Le triomphe roman fut donc la ruine momentanée de l'ordre dominicain. Il se réfugia en France, sous la protection de Blanche de Castîlle, et en Italie, sous le patronage du vieux cardinal Ugolin ; l'une disciple royale et l'autre l'ami lliéocratique de Dominique, et qui tinrent ses moines en réserve pour étendre sur Toulouse les conquêtes du Saint-Siège et de la France. Ce fut un temps d'expectative, de préparation pénible , el d'obscurcissement réel. L'œuvre de Dominique fut ni'^gligée des princes, et Dominique lui-même oublié par ses disciples dans son tombeau.
Il reposait depuis douze ans dans le couvent de Saint-Dom inique à Bologne. Mais le monastère avait été reconstruit, et le monument renfermé dans la basilique, se trouvait maintenant en dehors, et perdu dans les gravois. La ronce croissait, la pluie tombait, le vent sifflait sur le sépulcre, qui malgré cet abandon, ne cessait pas, selon la légende, da faire des miradea'. Mais l'heure approchait où Dominique allait sortir de son éclipse, comme un astre, et entraîner son ordre dana sa gloire. Le cardinal Ugolin, sous le nom de Grégoire IX, était monté sur le trûne pontifical. (1227) La reine Blanche de Castille avait repris, au nom de la France, la croisade de Moutfort, contre Toulouse. Grégoire et Blanche étaient unis par le cardinal de Saint-Ange, légat du Pape, amant de la reine. Ils
1. Dominique fesait des miracles, ds eon vivant, et ii nasncita, entr'autres, un cerlaiti cardinal Napoléon tné
d'une chute de cheval.
ilO LKS ALBIGEOIS KT L'INQUISITION i
rétaieiit encore plus par l'intérêt royal eti tal. L'hérésie était la nationalité romane j exterminer, dans les Albigeois, leshérétta citoyens. Les évoques, trop indépendantBl et attachés au grandes familles méridiol menaient pas l'Inquisition avec assez de fl fallait en investir un ordre qui fut tout eq les mains du Pape. Grégoire IX. se ressouvl dre dominicain né de la croisade, et de laj qu'il avait faite i\ Dominique, Dominiqum avait prophétisé à Ugolin son élévation pro trône sacerdotal , Ugolin, avait promis à son faire monter, incarné dans son ordre, suï ches du Saint-Siège, et de glorifier sa mémi dans le ciel. C'est l'apothéose de ITnquîsjJ même assise avec son patriarche, sur les trône même de Dieu. GrégoirelX voulut au monde la sainteté de Dominique. Les l'Église, les laïques, les abbés, les dépui tous les ordres monastiques furent col Bologne. On procéda dans la plus grande^ l'ouverture du tombeau. Dès que la pierti levée, il s'en exhala, dit la légende, un pal suave et plus pur que celui des roses lettes ', C'était le parfum de si sainteté
1. Lo père Lacordaire : VU d* laint Dominij Caro : laint Dominique et Ut Dominteaini. L'autfl diDuttesl un élégaatet noble esprit Mais ila dâ] auspices du P. Lacordaire. H a résumé son roŒ Dominique. 11 s'est uni de cœur aurétabllsseinai dominicain. Que dirons-nous ù cela? Ces mota Ciiro concupUcit advertut tpiritum. Galat.;
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desoa àme céleste, l'exhalation même de la vertu de Dieu. On u'eut plus qu'à consacrer sur la terre ane glorification déy\ visibiement accomplie dans le ciel. On tira ces reliques de son indigne tombeau, eton les transporta dans un sépulcre magnifique, que la théocratie romaine a fait décorer de siècle en siècle, et notamment par \l- superbe et biblique ciseau d^ Michel- Ange '.
Grégoire IX, le pontife qui donnait à l'Inquisition et à la Papauté, sa lorme suprême, était le cou' sin d'Innocent 111 et l'ami de Dominique. Au double génie de ce pape et de ce moine, son grand âge ajoutait une majesté sombro et fantastique. Vieillard presque centenaire, il avait l'impétueuse, l'infatigable activité du temps, et l'impitoyable et hautaine inflexibilité du trépas. Ce squelette, couronné delà thiare, semblait une ossification delà mort, dirigeant de son siège immobile, du sein de la ville du passé, les destinui:s du monde, et poussant de sa houlette funèbre, qui s'allongeait sinistrement en faulx tranchante ou en étincelante foudre, le genre humain, iroapeau à demi dévoré, vers le sépulcre. Grégoire iuL la personnification la plus terrible de la théocratie romaine '. Absorbant lentement, mais irrésistiblement tous les pouvoirs des évéques, l'évéque universel ne pouvait sans inconséquenceleur laisser cette juridiction souvenine. D'ailleurs ces évêques avaient une patrie, ■neÊuniUe terrestre; ils avaient des parents, des
i. M Taine, voyage en lialip.
!. P. B. de Cavalleriis, Ponlilicum romanoram effigies
amis, des oliena; ils étaient hommes encore; des moines ne l'étaient plus ou ne devaieat plus l'être. Perinde ac cadaver. A cette papauté monastique, il fallait une justice monastique; à la papauté une et unique, il fallait un tribunal unique, uniforme, universel. Le Pape imprimait à l'Inquieition, toujours dans ses mains, une vigueur, une promptitude, une rapidité de Dieu. Il pouvait, d'un signe, mettre en jugement peuples, évéques, rois : tribunal terrible qui devait menacer, dominer la papauté elle-même. Jourdain de Saxe ', venait de succéder comme général de l'Ordre à Mathieude France, successeur immédiat de Dominique. Mathieu représente l'hégire dominicaine, la dispersion, l'abaissement et la formation obscure. Jourdain figure le relèvement soudain, éclatant, l'ascension dominatrice au siège judicial du monde. Sous ce troisième chef, dix ans après la mort du fondateur, l'Europe était divisée en douze provinces. De ce nombre, l'Occitanienne, origine de l'Inquisition et sa première proie. Jusque là les Dominicains s'étaient appelés. Frères de la Vierge. Grégoire IX, leur donna le nom de Prj'rffefr (eura, qu'alTectait saint Dominique, et plus expressif de leur destination originelle : la prédication dont ils devaient avoir le monopole universel. La bulle qui les investit de l'office de l'Inquisition est du mois d'avril 1233- Le pouti[e les recommande il tous les prélats, comtes, vicomtes, barons, sénéchaux, et notamment aux comtes de Toulouse et
1. Frère de Simon àe Saxo, croisé tué au Pujol (1313) près Toulouse. Gulj. Ue Puil,, ehap. 20.