LIVRE HUITIÈME
RAMON D ALFARO
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Figueyras, dans sa philippique, énumère tous les ennemis de Rome, le comte Ramon,le roi d'Angleterre, l'empereur d'Allemagne, et même les Grecs de Gonstantinople. Il est le clairon éclatant de la ligue contre le Pape, et il conyoque dans ses rangs tous les princes blessés des foudres théocratiques. Il les groupe autour de celui qui est le plus grand par la puissance, la dignité et le génie, qui a toutes les sympathies du poëte, le vaillani empereur. Les troubadours en général étaient gibelins : le Tyrtée républicain de Toulouse se déclare pour le César allemand. Son patriotisme et sa perspicacité poUtique relèvent au-dessus des antipathies de racê et de religion. Il n'y a pour lui ni Teutons ni Romans, ni Latins ni Grecs. Il n*y a qu'un ennemi coDunun, Rome. Les troubadours avaient raison : la liberté, compatible avec l'empire, est incompatible avec la théocratie. Un César n'est qu'un despote; un pape est un despote-Dieu.
S62 LES AI^IGEOIS ET L'INQriSlTlOn
Ce César était Frédéric II, petit-fils de Barberousse, Allemand d'origine, Italien de naissance, héritier des terres et du génie des empereurs de la Maison de Souabe, et des rois normands de la Maison des Deuz-Siciles. Les Papes dont il était le pupille avaient élevé l'orphelin impérial dans Tespoir qu'il serait l'aigle docile et guerrier qui exécuterait leurs chasses contre les princes insoumis. Mais le jeune empereur avait tourné ses serres contre Rome, et saisi vigoureusement le globe du monde. Excommunié, il cherchait un appui dans les cathares italiens contre lesquels il avait d'abord, à l'instigation des Papes, promulgué des lois sanglantes, et s'attachait les Arabes qu'il colonisait dans les Calabres, et dont il se formait une garde africaine . Chef d'une croisade en Orient, il avait de ses propres mains mis sur sa tête la couronne de Jérusalem et traité directement avec le Sultan des Turcs'. Prince de génie, multiple et mobile, valeureux et rusé, enthousiaste et sceptique, mais par«<lessu8 tout politique et empereur, il semblait vouloir réaliser dans le monde la fusion, déjà opérée dans son esprit, du Nord et da Midi, de la chrétienté et de l'islamisme. Il pressentait que le temps des croisades était passé, que la théocratie romaine était à son déclin; il voulut achever cette ruine gigantesque et il usa à cette œuvre providentielle mais hâtive d'un demi-*siècle sa fortune et l'avenir de sa race. Pendant qu'il s'entourait de Cathares et d'Arabes, Frédéric con-