LIVRE NEUVIÈME
Il est singulier que Ramon VII assiégeait Montségurpendant qu'il faisait la guerre au roi de France. Cette contradiction ne peut s'expliquer que par Vincohérence des sentiments de ce faible prince qui probablement voulait paraître orthodoxe en attaquant la forteresse hérétique, et s'attacher Rome en combattant la France. Quoi qu'il en soit, l'hiver força de nouveau les assiégeants de redescendre de leur sommet battu de tourbillons. Mais des vallons de Lavelanet, de Montferrier, de Belestar, où ils formaient le blocus, le combat remontait parfois, aux beaux jours, jusque sur les rampes du château perdu dans un nuage de frimas. Sur ces berges glacées, le servant d'armes Ramon de Ventenac tomba et son sang rougit la neige (janvier 1243). L'évêque Ramon de Sant-Marti, et les diacres Glamens, Pierre Robert et Amiel Aicart vinrent le eansaler dans la maison d'Âmauld-Roger de Mirepois ^ Ce vieux chevalier, Gécilia sa femme, Braïda leur fille, et le chirurgien Arnauld Roquier, réunis autour du mourant, mêlaient leurs prières au](: exhortations des ministres albigeois. Le diacre Robert est probablement de cette tribu de verriers qui figure, ainsi que celle des Grenies, dans le sacerdoce johannite, et doit fournir des guerriers et des martyrs au calvinisme du xvi^ siècle.
Vers la fin de mai, après la fonte des neiges, l'ost de Toulouse remonta pour la troisième fois sur le
1. Âlz. de Massabrac,Ârn. Roger : Et dum recipiebat eonto^ lamentumf quœdam turpit infirmiUu occupavit dictum tn/irmttui, €t ipsê têsHi non poinU nuilnen, et indè neeuit,,.
aaft LES ALBIfilOIS R L'IMQUlSmON
Thabor, et campa sur l'Aire de F Espagnol. Sicajrd de Poi^erd périt sur la berge refleurie avant la Saint- Jean. Ses yeux en s'ét^gnant purent encore entrevoir, à qadqnes lienes vers l'orient, sa montagne natale, un Pm câttre d'amour et de poésie, naguère nriêftmi maïs aujourd'hui fiÂri et deuécké^ comme les cours chevaleresques de Foix, de Garcassonne et de Toulouse. U dut, je pense, moiuir sans regret, puisqu'il descendait avec sa foi, son pays et sa race au tombeau. En août, périt Guilhem de Gironde, originaire.» comme saa nom l'indique, de Guyenne, et probablement Tanoâtre d'une femille féodale établie de nos jours à Montauban. Guilhem de Gironde, comme Sicard de Puivert, fat consolé par Tévéque Ramon de Sant-Marti, et le diacre Sirvent, d'une fiunille qui a donné au protestantisme français un martyr et des pasteurs. Bamon de Sant-Marti est le consolateur ordinaire, chevalier lui-même, de ces chevaliers expirants, et Goulaïran d'Avignonet assiste fréquemment à ces cérémonies funèbres. Le meurtrier des inquisiteurs reste le compagnon tendre et fidèle de ces guerriers jusque dûs la mort, et s'exerce à son propre trépas et à Boa prochain martyre par le speiptade des grandes agonies des héros du Paradet et de la patrie pyrénéenne ^.
Les combats continuèrent ainsi jusqu'à l'automne. Mais un jour les défenseurs de Montségur virait l'ost de Toulouse enlever ses tentes et décamper de Y Aire de FEspagmel. Qui les faisait descendre avant l'hiver? S'avouaîent-ils vaincus? Était-ce une
i. Alseu de MsataliittB. — Ftis dm Plaaha.
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délivrance ? N'était-ce qu'une ruse de guerre ? Quoi qu'il en soit, ils virent leurs ennemis, redescendus dans les vallées, s'éloigner, pour ne plus revenir, dans la direction du nord. Le comte, à leur insu, obéissait à un commandement du roi de France, mécontent de son énergie à Béziers et de sa mollesse à Montségur. Après le concile de Béziers, le primat de Septimanie était rentré triomphant à Narbonne. L'archevêque y reçut Thommage du vicomte, des consuls et du peuple. Rétabli dans sa métropole, il résolut d'y convoquer un second concile composé comme l'autre des évêques de l'Albigeois et de la Provence et des chefs d'abbaye des Alpes et des^ Pyrénées. Il s'agissait de reprendre toutes les conséquences du concile de Béziers brusquement interrompus par, la vigueur insolite du comte. Ramon Vil avait porté plainte au saint* siège contre les dominicains. Les dominicains ayaient supplié le pape de les décharger de leur office. Le pontife avait répondu, et, selon l'usage de Rome, il avait pris un moyen ferme; il n'avait pas repoussé les plaintes du comte, mais il n'avait pas non plus accueilli les prières des inquisiteurs; il les rattachait, tout effarés, à leur horrible tribunal. Le condto devait promulguer les modifications apportées par le pontife & l'exercice de l'inqmsition. Il s'assembla pendant l'hiver, et voici le nouveau programme, en vingt-neuf canons, imposé aux dominicains ^.
Au fameux frère Arnauld et à ses collègues mas-