‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 48 sur 506 · Pr. 12i · texte numérisé non relu

Pr. 12i

en marche à travers les landes du Berry et les herbages du Nivernais. Il marchait sous son double chef : le monarque capétien et le légat de FÉglise romaine ; et sous son double symbole : les fleurs de lis de France et les clefs de saint Pierre, enlacées d'un rayon de foudre. Chacun des deux princes avait sa cour : le cardinal, sa cour sacerdotale d'archevêques, d'évêques et d'abbés du Nord ; le roi, sa cour féodale de ducs, de comtes, et de barons. Tous portaient la croix rouge sur la poitrine, car c'était une véritable croisade, une croisade royale. Avec eux était Amauri de Montfort : Amauri devait renouveler de ville en ville son abdication et remettre ses droits et ses partisans au roi de France. Ainsi Louis VIII réunit autour de lai toutes les forces et tous les prestiges : le chef de l'ancienne croisade , toute la chevalerie de France, toute l'Église gallicane, le légat du saintsiège, la double majesté du royaume de France et de l'ÉgUse romaine ; un triple droit : le droit féodal de Montfort, le droit épique de Charlemagne, le droit théocratique de saint Pierre. Il réalise cette foudroyante fiction : l'Aquitaine est donnée à Louis VIII, descendant de Charlemagne, par Grégoire IX, successeur de saint Pierre et vicaire de Jésus-Christ. Et pourtant, entouré de tous ces prestiges de la terre et du ciel, ce monarque est troublé; ce conquérant a des terreurs. Qui doncl'épou- Taate ainsi 7 Certes ce n'est pas sa conscience. Cela n'émeut guère un roi. Le spectre désolé de la croisade vaincue le poursuit. Les victoires romanes flamboient sinistrement à l'horizon du sud, les

qai Tunit au prince. Le trahit-elle maintenant? Non : ce trouble n'est peut-être qu'un piège de guerre tendu au Capétien. Elle ouvre la trappe pour y prendre le lion de France et son pourvoyeur, le chacal de Rome.

Ramon VII montre un ferme cœur : sa débilité se retrempe dans la vigueur de ses bayles et de ses capitaines, les conseils d'Avignon, les capitouls de Toulouse, et surtout le magnanime comte de Foix. Le prince marche hardiment à la rencontre de l'invasion : il fait reculer les peuples, emporter les vivres, brûler les fourrages et labourer les prairies, pour affamer Tost français. Il fait le vide, il étend le désert devant le roi capétien. Cest une lutte à mort dans laquelle entre aussi le climat. Avignon venteuse, sans vent vénéneuse et par le vent fas^ tidieuse^f attend, dans son fiévreux Éden, le roi de France et le légat de Rome. Ils arrivèrent le 6 juin au pont de Sorgues. Le cardinal lança derechef l'anathème sur le comte et l'interdit sur ses États ,et le lendemain, jour de la Pentecôte le monarque campa devant Avignon.

La ville avait pour podestats Ramon du Rial et Guilhem- Ramon, de la maison des vicomtes d'Avignon. L'un de ces deux consuls avait naguère, à Montélimart, offert au roi le libre passage du Rhône pourvu que le légat levât la sentence d'excommunication qui, depuis dix ans, pesait sur les Avignbnnais. Le rusé Provençal voulait, par cette

1. Avenio ventosa, slae vente venenosa, cum vento fastidiosa.

LIVHE PREMIER 07

concession, se délivrer de Tanathème pontifical et aventurer Tost français entre le comte de Toulouse, campé en Provence, et le comte de Foix qui l'attendftit vers les Pyrénées. Romain y consentit à condition qu'Avignon livrerait des otages, ses portes et ses forteresses au roi. Le podestat ne répondit pas ; mais, quand le monarque arriva, il trouva les portes fermées, et un pont de bois construit en amont de la cité, joignant le pont de pierre dans fUe du Rhône, pour le passage des Français. Louis s'irrite ; il doit passer par la ville et le pont de pierre: cette défiance est une injure à la majesté royale. Les podestats accordent cette faveur au monarqne, au légat et à l'élite des barons. Ils livrent quelques portes, quelques tours, cinquante otages. Ibis le peuple s'indigne de la condescendance des consuls : il refuse les vivres vendus, court sus aux croisés, rejette les Français hors de ses murs, et, rompant le pont de bois, coupe en deux l'armée royale dontl'avant-garde est déjà sur la rive droite, avec le comte de Blois. Les Avignonnais avaient éventé le secret dessein du monarque et du cardinal. Le légat alors, du conseil des évêques, anathématise solennellement Avignon comme un re- . ceptacle de vaudois, de cathares et de partisans du comte de Toulouse. Il enjoint au roi de purger la cité de la dépravation hérétique^ et de venger Vinjure faite à Foii du Christ^ sauf les droits des églises, des catholiques et de l'Empereur*. Avignon, eflTectivement, comprise dans le royaume d'Arles, relevait

Page 1